Le Coran recèle de nombreux versets exhortant à la méditation, exposant l’immensité de son rang, la noblesse de sa valeur et l’abondance de ses fruits et de ses bienfaits, louant ceux qui s’y adonnent et révélant l’élévation de leur rang et la grandeur de leur condition. Allah ﷾ dit (dans le sens rapproché) :
C’est ainsi qu’Allah vous expose clairement les signes, afin que vous méditiez. [Sourate 2, v.219]
Et Il dit, pureté à Lui :
Il y a en cela des signes pour des gens qui méditent. [Sourate 13, v.3]
Et Il dit ﷿ :
Il y a en cela un signe pour des gens qui méditent. [Sourate 16, v.11]
Et Il dit ﷿ :
N’ont-ils point médité en eux-mêmes ? [Sourate 30, v.8]
Et Allah, pureté à Lui, dit :
C’est ainsi que Nous détaillons les signes pour des gens qui méditent. [Sourate 10, v.24]
Et Il dit ﷿ :
Telles sont les paraboles que Nous proposons aux hommes afin qu’ils méditent. [Sourate 59, v.21]
Les versets portant cette signification sont fort nombreux. Et Allah ﷾ dit, louant Ses alliés rapprochés, les doués d’intelligence, exposant la grandeur de leur station, la noblesse de leur état et la beauté de leur méditation :
En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence, ceux qui invoquent Allah debout, assis et sur leurs flancs, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre : « Seigneur ! Tu n’as point créé cela en vain. Pureté à Toi ! Préserve-nous du châtiment du Feu. » [Sourate 3, v.190-191]
Cette méditation grandiose, à laquelle Allah ﷾ a convié Ses serviteurs, les y exhortant et les y encourageant, constitue la clef de tout bien, le fondement de toute réussite et de toute rectitude, et la source de toute vertu. Elle compte parmi les plus éminentes et les plus nobles adorations du cœur. Elle fait passer l’homme de l’insouciance à l’éveil, de la désobéissance à l’obéissance, de l’avilissement à la dignité, et l’élève des bassesses, des turpitudes et des choses méprisables vers les hauteurs, les degrés élevés et les sommets.
Celui qui médite sur la grandeur d’Allah et sur le fait qu’Il connaît parfaitement la condition des serviteurs sans que rien ne Lui échappe, Lui, l’Audient, le Clairvoyant, l’Omniscient, l’Omnipotent, cette méditation le préservera de sombrer dans la désobéissance à Allah ﷾. Et Allah ﷾ a dit :
Seuls craignent Allah, parmi Ses serviteurs, les savants. [Sourate 35, v.28]
Celui qui médite sur l’au-delà, sur son approche inexorable, sur le fait qu’elle est la vie véritable, et qui réfléchit à ses délices et à ce qu’Allah ﷾ a préparé pour Ses alliés comme magnifique retour et splendide rétribution, cela le stimulera et le poussera à se préparer de la meilleure manière et à s’apprêter pleinement pour le Jour du retour.
Celui qui médite sur la bassesse de ce bas monde, sa vilenie, la promptitude de son déclin et de son épuisement, jamais il n’en fera sa plus grande préoccupation ni la limite de son savoir.
Celui qui médite sur les péchés, sur l’immensité de leur gravité et sur les funestes conséquences qu’ils entraînent pour leurs auteurs ici-bas et dans l’au-delà, se gardera d’y succomber et les fuira.
Celui qui médite sur les actes d’adoration et sur le fait qu’il n’a été créé en cette vie que pour les accomplir et les concrétiser, luttera contre lui-même pour s’en acquitter de la manière la plus accomplie et dans la plus noble des dispositions.
Quiconque médite sur ces créatures et sur ce qu’elles recèlent de beauté, de signes éblouissants, de preuves éclatantes et de démonstrations lumineuses, verra s’introduire en son cœur l’édification et l’exhortation. La méditation sur les bienfaits d’Allah ﷾ et sur Ses grâces est une adoration immense qui incline le cœur vers Allah dans la soumission et l’humilité, dans la foi en la perfection du Créateur et la majesté du Façonneur, pureté à Lui. Voici les doués d’intelligence, et nous avons déjà évoqué l’éloge qu’Allah leur adresse :
… et ils méditent sur la création des cieux et de la terre. [Sourate 3, v.191]
Et cette contemplation porte comme fruit ces invocations grandioses :
Seigneur ! Tu n’as point créé cela en vain. Pureté à Toi ! Préserve-nous du châtiment du Feu. [Sourate 3, v.191]
Quant à celui qui n’occupe point son cœur de pensées profitables et de réflexions qui lui procurent des bienfaits en sa vie présente et dans sa vie dernière, son cœur se trouvera envahi par des pensées viles et des ruminations blâmables, tournées vers des affaires dégradantes et des œuvres basses et méprisables. C’est pourquoi certains gens de science comparent l’âme humaine à une meule qui ne cesse de tourner, broyant tout ce que l’on y introduit : celui qui y verse du blé et de l’orge en tirera une farine dont il bénéficiera, tandis que celui qui y jette de l’ordure, des cailloux, des graviers, du sable ou du verre n’en recueillera jamais de farine profitable.
Ainsi en va-t-il de l’âme humaine : elle tourne au gré de pensées et de pensées encore, puis de ces pensées germent des volontés et des résolutions. Celui dont les pensées et les méditations portent sur ce qui lui est bénéfique en son existence présente et en son devenir futur traversera cette vie dans le meilleur des états. Quant à celui dont les pensées errent parmi des affaires méprisables et des œuvres viles, qui ne projette que comment transgresser, comment perpétrer les péchés et comment sombrer dans les fautes, et ainsi de suite, de pensées viles en affaires méprisables, s’enfonçant et se noyant toujours davantage. Quel sera donc l’état de celui dont tel est le lot !
Méditez sur ce récit : ‘Abd Allah ibn Al Mubarak, qu’Allah lui fasse miséricorde, vit l’un de ses compagnons absorbé dans ses pensées et lui dit : « Où es-tu parvenu ? », et combien de fois prononçons-nous cette parole : « Où en es-tu, ô untel ? Où t’es-tu égaré ? Où es-tu parti ? », il répondit : « Je suis parvenu au Sirat. »
Quel abîme entre celui dont les pensées voyagent vers la méditation de ce qui lui sera profitable en son devenir et en son existence, qui réfléchit à sa comparution devant Allah, qui porte son regard vers son lendemain et le compte qu’Allah ﷾ lui demandera :
Ô vous qui avez cru ! Craignez Allah. Que chaque âme considère ce qu’elle a avancé pour demain. [Sourate 59, v.18]
Quel abîme entre celui dont les pensées le mènent jusqu’au Sirat, dans la crainte et l’appréhension, et celui dont les pensées se vautrent dans la fange des péchés et les bas-fonds des désobéissances, dans l’avilissement et la submersion !
Combien nous avons besoin de soigner nos pensées, de redresser notre trajectoire et de lutter contre nos âmes pour les orienter vers les inspirations profitables et les réflexions droites qui nous procurent un immense profit et un bien abondant ici-bas et dans l’au-delà.
Certes, quelle immense perte et quelle terrible privation pour celui qui livre la demeure de ses pensées à shaytan, qu’Allah nous en préserve, qui y dépose ses insufflations, lui dicte le mal avec insistance, le pousse aux désobéissances avec force et l’y entraîne sans relâche. Un tel homme est asservi à shaytan, soumis à ses suggestions, et ses pensées sont qualifiées de diaboliques. Certes, quelle condition affreuse, quelle laideur et quelle infamie !
La méditation, telle qu’Allah ﷿ l’a ordonnée et à laquelle Il a appelé, est une adoration d’un rang immense et d’une valeur éminente. Pour se rectifier en ce domaine, le serviteur a besoin, premièrement, de l’aide d’Allah ﷾, et deuxièmement, de la lutte contre son âme : en l’éloignant de toute porte et de tout accès qui introduit dans son cœur des pensées viles et des représentations méprisables, tout en veillant sur tous les accès et les portes qui apportent à son cœur ce qui lui est profitable et lui procure le bien et l’utilité dans sa religion et sa vie d’ici-bas.
Considérez celui qui livrerait sa vue, son regard et son ouïe à des spectacles interdits, à des images qu’il est prohibé de contempler et à des écoutes illicites : comment pourrait-il, malgré cela, espérer pour son cœur limpidité, pureté et intégrité ? Il a en effet ouvert en grand les accès qui déversent sur son cœur les afflux du mal et lui apportent les affaires du vice, qu’Allah nous en préserve. Quant à celui qui lutte contre son âme et implore l’aide de son Seigneur, pureté à Lui le Très-Haut, il sera guidé vers tout bien.
Et qu’il serait beau, en ce domaine, que tu évoques ce qui t’est profitable comme méditation saine, contemplation droite, exhortation, édification et souvenir. C’est un sujet dont le développement serait long, mais j’indique un seul exemple, bien que les exemples en soient nombreux et que certains aient déjà été mentionnés.
Considérez un homme affamé, dont la faim s’est intensifiée, devant lequel on dépose un mets délicieux et une nourriture savoureuse qu’il affectionne et vers laquelle son âme incline. Puis, lorsqu’il étend la main vers cette nourriture, on lui dit : « Cette nourriture est empoisonnée, si tu en manges, tu périras sur-le-champ. » Considérez : alors qu’il est certain que cette nourriture est empoisonnée et qu’elle causera sa perte, posera-t-il sa main sur cette nourriture ou la retirera-t-il ? Pureté à Allah ! Comment l’homme évite-t-il une nourriture par crainte de son préjudice, sans éviter les péchés par crainte de leur déshonneur au Jour de la rencontre avec Allah ﷾ ?!
Une telle méditation et une telle contemplation profitent immensément à l’homme dans son audace et sa retenue, dans son amour et son aversion, dans son don et son refus, et dans l’ensemble de ses affaires. Nous demandons à Allah ﷿, par Ses Noms sublimes et Ses Attributs élevés, de nous accorder à tous un cœur sain et une langue véridique, de rectifier l’ensemble de notre condition, d’accorder à nos cœurs leur piété et de les purifier, car Il est, glorifié et exalté soit-Il, le meilleur de Ceux qui les purifient.
Ecrit par: Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abou ‘Abd Al Razzaq
