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La Nuit du Destin

Une seule nuit qui surpasse mille mois, pourquoi la chercher et comment la saisir

Allah Très-Haut est Celui qui détient en toute exclusivité la création et le choix, comme Il l’a dit (dans le sens rapproché) :

« Et ton Seigneur crée ce qu’Il veut et Il choisit » [Sourate 28, v.68]

Le choix dont il est question ici signifie l’élection et la distinction. Allah, Majestueux et Élevé soit-Il, par la perfection de Sa sagesse et de Sa puissance, par la plénitude de Sa science qui englobe toute chose, choisit parmi Sa création ce qu’Il veut parmi les temps, les lieux et les personnes. Il les singularise, Pureté à Lui, par un surcroît de Sa grâce, la générosité de Son attention et l’abondance de Ses bienfaits et de Ses honneurs. Cela constitue, sans aucun doute, l’un des plus grands signes de Sa seigneurie, l’un des témoignages les plus éclatants de Son unicité et de la perfection de Ses attributs. C’est aussi l’une des preuves les plus manifestes de la plénitude de Sa puissance et de Sa sagesse, qu’Il crée ce qu’Il veut et choisit, et que les rênes de toute chose sont entre Ses mains. À Allah appartient le commandement, avant comme après. Il décrète pour Sa création ce qu’Il veut et juge parmi eux selon ce qu’Il désire :

« Louange à Allah, Seigneur des cieux, Seigneur de la terre, Seigneur des mondes. À Lui la grandeur dans les cieux et sur la terre, et c’est Lui le Tout-Puissant, le Sage » [Sourate 45, v.36-37]

Parmi les moments qu’Allah, Tout-Puissant et Majestueux, a distingués par un surcroît de faveur et un immense honneur figure le mois de Ramadan, qu’Il a, Pureté à Lui, élevé au-dessus de tous les autres mois. Puis les dix dernières nuits, qu’Il a élevées au-dessus de toutes les autres nuits. Puis la Nuit du Destin, qu’Il a, en raison de sa valeur éminente auprès de Lui et de l’immensité de son rang, rendue meilleure que mille mois. Il a magnifié son importance, exalté son rang et rehaussé sa position lorsqu’Il y a fait descendre Sa Révélation explicite, Sa noble Parole et Son Livre empli de sagesse, guide pour les pieux, discernement pour les croyants, clarté, lumière et miséricorde pour les mondes. Allah Très-Haut a dit :

« Nous l’avons certes fait descendre durant une nuit bénie. Nous sommes en vérité Celui qui avertit. Durant cette nuit est distingué tout ordre empreint de sagesse, un ordre venant de Nous. C’est Nous qui envoyons [les Messagers], par miséricorde de ton Seigneur. C’est Lui l’Audient, l’Omniscient. Seigneur des cieux et de la terre et de ce qui se trouve entre eux, si vous avez la certitude. Point de divinité en droit d’être adorée en dehors de Lui. Il donne la vie et donne la mort. Votre Seigneur et le Seigneur de vos premiers ancêtres » [Sourate 44, v.3-8]

Et Il a dit, Pureté à Lui :

« Nous l’avons certes fait descendre durant la Nuit du Destin1. Et qui te dira ce qu’est la Nuit du Destin ? La Nuit du Destin est meilleure que mille mois. Les anges et l’Esprit y descendent, par la permission de leur Seigneur, pour tout ordre. Elle est paix jusqu’au lever de l’aube » [Sourate 97]

Quelle nuit grandiose, quelle nuit auguste et noble, et quelle profusion de bénédictions :

  • Une seule nuit meilleure que mille mois ! Autrement dit, elle surpasse 30 000 nuits. Mille mois représentent plus de 83 ans, soit une longue existence que le musulman consacrerait tout entière à l’obéissance envers Allah, Tout-Puissant et Majestueux, et pourtant la Nuit du Destin, qui n’est qu’une seule nuit, demeure plus méritoire encore. Voilà un mérite immense2. Mujahid a dit : « La Nuit du Destin est meilleure que mille mois durant lesquels elle ne se trouve pas. » C’est aussi ce qu’ont dit Qatadah, Al Shafi’i et d’autres.

  • Durant cette noble nuit bénie, les anges descendent en grand nombre en raison de l’abondance de sa bénédiction. Ils descendent avec la bénédiction et la miséricorde, tout comme ils descendent lors de la récitation du Coran et dans les cercles de rappel.

  • Elle est paix jusqu’au lever de l’aube, c’est-à-dire qu’elle est entièrement un bien, exempte de tout mal, jusqu’à l’apparition de l’aube.

  • Durant cette noble nuit bénie, tout ordre empreint de sagesse est distingué, c’est-à-dire qu’y est décrété ce qui adviendra dans l’année à venir, par la permission d’Allah, le Tout-Puissant, le Sage. Il s’agit ici du décret annuel, car le décret général dans la Table Préservée précède la création des cieux et de la terre de 50 000 ans, comme les hadiths authentiques l’établissent3. Il est authentiquement rapporté que le Prophète ﷺ a dit, au sujet du mérite de la Nuit du Destin : « Quiconque veille la Nuit du Destin avec foi et espérance de la récompense4, ses péchés antérieurs lui seront pardonnés »5.

La Nuit du Destin se situe assurément durant le mois béni de Ramadan, conformément à la parole d’Allah Très-Haut :

« Le mois de Ramadan durant lequel le Coran a été révélé, guide pour les gens et preuves claires de la guidée et du discernement » [Sourate 2, v.185]

avec Sa parole :

« Nous l’avons certes fait descendre durant la Nuit du Destin » [Sourate 97, v.1]

C’est durant les dix dernières nuits qu’elle est le plus espérée, conformément à la parole du Prophète ﷺ : « Recherchez la Nuit du Destin dans les dix dernières nuits de Ramadan »6. Sa recherche durant les nuits impaires est plus appuyée encore, car le Prophète ﷺ a dit : « Cherchez-la dans les dix dernières nuits de Ramadan, la Nuit du Destin : lorsqu’il reste neuf nuits, lorsqu’il reste sept nuits, lorsqu’il reste cinq nuits »7.

Ibn Hajar, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit dans Fath Al Bari, sous le chapitre « Rechercher la Nuit du Destin durant les nuits impaires des dix dernières » : « Dans ce titre se trouve l’indication qu’il est plus probable que la Nuit du Destin se situe dans le mois de Ramadan, puis dans les dix dernières nuits, puis dans leurs nuits impaires, sans être fixée à une nuit précise. C’est ce que suggère l’ensemble des hadiths rapportés à ce sujet »8.

Les savants ont mentionné que parmi les sagesses de sa dissimulation et de l’absence de sa détermination dans les textes figure la volonté que les musulmans fournissent des efforts durant les dix nuits entières dans l’obéissance à Allah Très-Haut, par la prière nocturne, la lecture du Coran et la bienfaisance. Ainsi se distingue l’assidu et le zélé dans la quête des biens du nonchalant et du paresseux. D’autre part, si les gens connaissaient sa date exacte, la plupart se contenteraient de veiller cette seule nuit à l’exclusion des autres, et l’épreuve ne serait pas complète9.

Il est de notre devoir à tous de veiller avec le plus grand soin à rechercher cette nuit bénie pour remporter sa récompense, tirer profit de son bien et récolter ses rétributions10. Le véritable privé est celui qui est privé de la récompense, celui sur qui passent les saisons du pardon tandis qu’il demeure chargé de ses péchés en raison de sa négligence, de son détournement et de son indifférence. Bienheureux celui qui y a devancé les vainqueurs et qui y a emprunté, par la prière nocturne et la bonne œuvre, la voie des vertueux. Et malheur à celui qui est chassé cette nuit-là des portes, dont le voile se referme devant lui, et que cette nuit quitte alors qu’il est absorbé par les désobéissances et les péchés, trompé par les faux espoirs et les chimères, dilapidant la meilleure des nuits et les plus nobles des jours. Quelle immensité dans sa perte et quelle intensité dans ses regrets !

Celui qui ne tire aucun profit de cette noble nuit, quand le fera-t-il ? Celui qui ne revient pas à Allah en ce temps honorable, quand reviendra-t-il ? Celui qui demeure en retrait des bonnes œuvres, quand agira-t-il ? Le Prophète ﷺ a dit : « Ce mois vous est venu et il contient une nuit meilleure que mille mois. Quiconque en est privé est privé de tout le bien, et n’est privé de son bien que le véritablement privé »11.

Il est recommandé au musulman d’y multiplier les invocations, car l’invocation y est exaucée. Qu’il choisisse les formules les plus complètes. Ibn Majah rapporte que ‘Aicha, qu’Allah l’agrée, a dit : « Ô Messager d’Allah ! Si je parvenais à la Nuit du Destin, que devrais-je invoquer ? » Il répondit : « Tu dis : Ô Allah, Tu es ‘Afu (Celui qui efface les péchés), Tu aimes l’effacement, efface mes péchés »12. Cette invocation est d’une signification immense et d’une portée profonde, et elle convient parfaitement à cette nuit, car c’est la nuit où tout ordre empreint de sagesse est distingué et où les œuvres des serviteurs sont décrétées pour une année entière, jusqu’à la Nuit du Destin suivante. Celui qui reçoit le salut cette nuit-là et dont le Seigneur pardonne a pleinement réussi. Celui qui obtient la préservation dans ce bas monde et dans l’au-delà a atteint le succès, et rien n’égale la préservation divine. Recherchons donc le bien de cette nuit et sa bénédiction en veillant sur les prières obligatoires, en multipliant la prière nocturne, en s’acquittant de la zakat, en versant les aumônes, en veillant sur le jeûne, en multipliant les actes d’obéissance, en évitant les désobéissances et les mauvaises actions, en se repentant avec regret des péchés et des fautes, et en multipliant le rappel d’Allah et la lecture du Coran.

Ô Allah, accorde-nous de veiller la Nuit du Destin, fais de nous ceux qui la veillent avec foi et espérance de la récompense, et pardonne-nous, efface nos péchés, car Tu es ‘Afu, le Généreux.

Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq


  1. [NDT] « Nuit du Destin » est la traduction la plus répandue en français de ليلة القدر. Pour ne pas dérouter le lecteur francophone, le choix a été fait de la conserver, d’autant qu’Al Harawi et Ibn Al Athir ont retenu ce sens de manière catégorique, à savoir le décret (التقدير) : c’est la nuit où les subsistances sont décrétées et les destins arrêtés. Al Nawawi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a confirmé que c’est là l’avis correct et notoire : « Elle a été nommée Nuit du Qadr, c’est-à-dire la nuit du jugement et du partage. » [Tarh Al Tathrib fi Sharh Al Taqrib, Al ‘Iraqi (4/150)] Cependant, le mot القدر porte chez les exégètes deux autres sens complémentaires. Le premier est l’honneur et la grandeur du rang (الشرف والمنزلة), comme on dit d’un homme qu’il est « d’un rang éminent » (ذو قدر عظيم) : c’est la nuit la plus honorée de toutes, et ce mérite rejaillit sur les œuvres qui y sont accomplies et sur celui qui les accomplit. Le second est l’étroitesse (الضيق), comme dans la parole d’Allah : « Et quiconque voit sa subsistance rétrécie (قُدِرَ) » [Sourate 65, v.7], c’est-à-dire resserrée : la terre s’y resserre sous l’afflux des anges qui y descendent. Ces sens sont tous vrais et complémentaires, et ce qui est remarquable, c’est que la sourate Al Qadr elle-même les déploie un à un : « meilleure que mille mois » (l’honneur et le mérite), « les anges et l’Esprit y descendent » (l’étroitesse), et « pour tout ordre » (le décret). Et Allah sait mieux. ↩︎

  2. [NDT] Cette communauté est la meilleure des communautés et la grâce d’Allah sur elle est plus grande que sur toutes les autres. Certains savants ont expliqué cette faveur en la reliant à la brièveté de la vie de cette communauté par rapport aux communautés passées, dont les membres vivaient bien plus longtemps, comme Nuh عليه السلام dont la seule prédication dura 950 ans. Le Prophète ﷺ a dit : « L’espérance de vie de ma communauté est entre soixante et soixante-dix ans, et peu d’entre eux dépassent cela » (rapporté par Al Tirmidhi, 3550, et Ibn Majah, 4236, authentifié par Al Albani dans Hidayat Al Ruwat, 5209). Si l’on considère que l’obligation religieuse commence à la puberté, dont le dernier signe est l’âge de quinze ans, le musulman qui veille assidûment chaque année à rechercher cette nuit durant les quarante-cinq années de sa vie d’adoration peut espérer une récompense équivalente à 45 000 mois d’adoration (45 × 1000), soit 3 750 ans. Et ce n’est là qu’un minimum, car le verset dit « meilleure que mille mois », non pas « égale à mille mois ». La récompense réelle est donc plus grande encore, et seul Allah connaît le décret qu’Il réserve à chacun de Ses serviteurs. Qu’est-ce alors qu’une nuit d’effort face à l’éternité ? Le Prophète ﷺ a dit : « L’emplacement d’un fouet en Paradis est meilleur que le bas monde et tout ce qu’il contient » (rapporté par Al Bukhari, 3250). Si le plus petit espace en Paradis surpasse le monde entier, qu’est-ce qu’une nuit de veille pour y accéder ? Et il a dit : « On amènera le plus comblé des gens de ce monde parmi les gens de l’Enfer, et on le plongera une seule fois dans le Feu, puis on lui dira : Ô fils d’Adam, as-tu jamais vu un bien ? As-tu jamais connu un bonheur ? Il répondra : Non, par Allah, ô Seigneur » (rapporté par Muslim, 2807). Si une seule immersion dans le Feu efface le souvenir d’une vie entière de confort, qui peut se sentir à l’abri du châtiment, alors que seuls les perdants se sentent à l’abri du stratagème d’Allah ? « Quiconque est écarté du Feu et introduit au Paradis a certes réussi, et la vie d’ici-bas n’est que jouissance trompeuse » [Sourate 3, v.185]. ↩︎

  3. [NDT] Les savants ont identifié plusieurs niveaux du décret divin, chacun étant un détail et une explicitation du précédent. Le plus vaste est le décret éternel (التقدير الأزلي), inscrit dans la Table Préservée 50 000 ans avant la création des cieux et de la terre : il englobe toute chose. Vient ensuite le décret qui précède l’existence de chaque personne, mais qui est postérieur à la création des cieux et de la terre, lorsqu’Allah a extrait la descendance d’Adam de ses reins et séparé les gens du Paradis des gens de l’Enfer. Puis le décret individuel (التقدير العمري), en deux temps : le premier lors de la formation du fœtus en morceau de chair, le second lorsque l’âme est insufflée dans le corps, où l’ange écrit sa subsistance, son terme, ses œuvres et s’il sera bienheureux ou malheureux. Puis le décret annuel (التقدير الحولي), celui de la Nuit du Destin, où sont détaillés les événements de l’année à venir. Et enfin le décret quotidien (التقدير اليومي), conformément à la parole d’Allah : « Chaque jour, Il s’occupe d’une affaire » [Sourate 55, v.29]. Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a récapitulé ces niveaux : « Voici un décret quotidien, celui qui le précède est un décret annuel, celui qui le précède est un décret de la vie lorsque l’âme s’attache au corps, celui qui le précède est de même nature mais lors de la première formation en morceau de chair, celui qui le précède est un décret antérieur à l’existence de la personne mais postérieur à la création des cieux et de la terre, et celui qui le précède est un décret antérieur à la création des cieux et de la terre de 50 000 ans. Chacun de ces décrets est un détail du décret précédent, et il y a en cela une preuve de la perfection de la science du Seigneur, de Sa puissance et de Sa sagesse, et un surcroît par lequel Il fait connaître à Ses anges et à Ses serviteurs croyants Sa personne, Ses noms et Ses attributs. » [Shifa’ Al ‘Alil (1/80)] Cet emboîtement des décrets témoigne ainsi de la perfection de la science d’Allah, qui a embrassé toute chose, et de Sa sagesse, qui déploie dans le temps ce qu’Il a su de toute éternité. ↩︎

  4. [NDT] Ces deux termes arabes (إيمانا واحتسابا) désignent les deux piliers intérieurs sans lesquels l’œuvre nocturne reste une forme dépourvue de sens. Al Nawawi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit en commentant ce hadith : « Le sens de “Iman” (foi) est la croyance en sa véracité et la reconnaissance de son mérite, et le sens de “Ihtisab” (espérance de la récompense) est qu’il ne recherche qu’Allah Très-Haut, sans viser le regard des gens ni quoi que ce soit qui contredise la sincérité. » [Sharh Muslim (6/39)] Al Khattabi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a précisé le sens de l’Ihtisab dans le hadith parallèle sur le jeûne : « C’est la détermination résolue, c’est-à-dire qu’il jeûne animé par le désir de la récompense, l’âme satisfaite, sans trouver son jeûne pesant ni ses jours interminables. » [Irshad Al Sari, Al Qastallani (8/241)] Le principe vaut pour le qiyam comme pour le jeûne : celui qui veille la Nuit du Destin aspire à réunir la certitude du cœur et l’élan joyeux de l’âme. Plus le serviteur goûte à la douceur de l’adoration, plus celle-ci se transforme d’un effort qu’il s’impose en un honneur qu’il reçoit et un délice qu’il recherche. ↩︎

  5. Rapporté par Al Bukhari (1901) et Al Nassaï (2195). ↩︎

  6. Rapporté par Al Bukhari (2020) et Muslim (1169). ↩︎

  7. Rapporté par Al Bukhari (2021) et Muslim (1165). ↩︎

  8. Fath Al Bari (4/259, hadith n°2017). ↩︎

  9. [NDT] Le Prophète ﷺ a promis le pardon des péchés antérieurs à « quiconque veille le mois de Ramadan » et à « quiconque veille la Nuit du Destin », dans les mêmes conditions de foi et d’espérance de la récompense. Al Nawawi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a posé la question : « On pourrait dire que l’un dispense de l’autre. » Et il a répondu que veiller le mois de Ramadan sans coïncider avec la Nuit du Destin ni la connaître est une cause de pardon, et que veiller la Nuit du Destin pour celui qui coïncide avec elle et la connaît est une cause de pardon, même s’il ne veille aucune autre nuit. Al Hafidh Wali Al Din Al ‘Iraqi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a précisé : « Le meilleur à mon sens est de répondre que le Prophète ﷺ a indiqué deux voies vers le pardon : la première peut être atteinte avec certitude, mais elle est longue et exigeante, à savoir veiller le mois de Ramadan en entier. La seconde ne peut être atteinte avec certitude, elle relève de la conjecture, mais elle est brève et courte, à savoir veiller la seule Nuit du Destin. » Et le pardon n’est pas conditionné au fait de savoir que c’est bien cette nuit-là : celui qui la veille sans la reconnaître, mais avec l’intention de la rechercher, est pardonné si elle coïncide effectivement avec sa veillée. [Tarh Al Tathrib, Al ‘Iraqi (4/164)] ↩︎

  10. [NDT] L’auteur emploie ici le vocabulaire du commerce (يربح, tirer bénéfice), et cette image n’est pas anodine. Le commerçant avisé connaît les saisons : il sait qu’une seule nuit de négoce peut valoir une année entière de bénéfices, et il ne dort pas cette nuit-là. Il prépare sa marchandise, mobilise ses moyens et veille jusqu’à l’aube, car aucun commerçant sensé ne laisserait passer une telle occasion pour un confort passager. Or ce qu’il poursuit est périssable, son profit s’épuise et ses biens le quittent à la mort. Le croyant, lui, se voit offrir un commerce dont le profit ne connaît ni terme ni déclin, comme Allah l’a décrit : « Ceux qui récitent le Livre d’Allah, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons attribué, en secret et en public, espèrent un commerce qui ne périra jamais » [Sourate 35, v.29]. Si celui qui rate une nuit de marché se mord les doigts pour un profit mondain, qu’en est-il de celui qui laisse passer une nuit dont le bénéfice surpasse mille mois de commerce avec Allah ? ↩︎

  11. Rapporté par Ibn Majah (1644). ↩︎

  12. Sunan Ibn Majah (3850).

    [NDT] Le choix du nom divin العفو (Al ‘Afu, le Pardonneur par effacement) plutôt que الغفور (Al Ghafur, le Pardonneur par recouvrement) dans cette invocation n’est pas anodin, et sa pertinence pour la Nuit du Destin est profonde. Ibn Rajab, qu’Allah lui fasse miséricorde, a précisé la distinction : « Al Maghfirah est le recouvrement du péché avec la protection contre son mal. Il a été dit qu’elle ne coexiste pas avec le châtiment, puisqu’elle est protection contre le mal du péché. C’est pourquoi le casque de guerre (Mighfar) porte ce nom : il couvre la tête et la protège du mal. À la différence du ‘Afu, qui intervient tantôt avant le châtiment, tantôt après. » [Ikhtiyar Al Ula, Ibn Rajab (p. 74)] En d’autres termes, la Maghfirah est un bouclier préventif : elle empêche le châtiment d’atteindre le serviteur, mais si le châtiment est déjà tombé, ce n’est plus de la Maghfirah. Le ‘Afu, en revanche, a une portée plus large : il peut effacer le péché avant tout châtiment, mais aussi gracier le serviteur après qu’il en a subi les conséquences. En demandant le ‘Afu, le croyant demande donc à Allah de le pardonner dans tous les cas de figure. Or c’est précisément en cette nuit que les décrets de l’année sont rédigés : le croyant ne demande pas seulement que ses péchés soient recouverts, mais qu’ils soient effacés de son registre avant que les destins ne soient scellés. L’auteur lui-même signale cette connexion dans le texte lorsqu’il écrit : « c’est la nuit où les œuvres des serviteurs sont décrétées pour une année entière… Celui qui reçoit la préservation cette nuit-là et dont le Seigneur pardonne a pleinement réussi. » ↩︎

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Le Tawhid avant tout