Ramadan est le mois des bienfaits, des bénédictions et des actes d’obéissance. C’est le mois du jeûne, le mois de la prière et de la prière nocturne, le mois du rappel et de la récitation du Coran, le mois de la générosité, de la noblesse, de la Zakat, de l’aumône, de la piété et de la bienfaisance. Le Messager d’Allah ﷺ était le plus généreux des hommes, et sa générosité redoublait pendant Ramadan. Le jeûne entretient en effet un lien étroit avec la dépense et l’aumône : lorsque les riches s’abstiennent durant une période déterminée de nourriture et de boisson par obéissance à Allah, qu’ils endurent l’ardeur de la faim et la douleur de la soif, cela les amène à se souvenir de leurs frères musulmans qui endurent ces souffrances tout au long de l’année ou la majeure partie de celle-ci. Allah jette alors la miséricorde dans leurs cœurs envers leurs frères, et leurs âmes consentent à donner et à dépenser leurs biens, qu’il s’agisse de la Zakat obligatoire ou des aumônes et dépenses recommandées dans toutes les voies du bien.
S’agissant de la Zakat, Allah a imposé aux croyants possédant des biens qui y sont assujettis une aumône versée aux nécessiteux parmi eux et aux œuvres d’utilité publique, comme Il l’a dit (dans le sens rapproché) :
« Les aumônes ne sont destinées qu’aux pauvres, aux indigents, à ceux qui y travaillent, à ceux dont les cœurs sont à gagner, à l’affranchissement des jougs, aux endettés, dans le sentier d’Allah et au voyageur démuni. C’est une obligation de la part d’Allah. Et Allah est Omniscient et Sage. » [Sourate 9, v.60]
Le Coran renferme de nombreux versets ordonnant de s’acquitter de la Zakat et de dépenser ce qu’Allah a accordé comme subsistance, louant les donateurs et ceux qui font l’aumône, évoquant leur rétribution. Les hadiths du Prophète ﷺ à ce sujet sont venus en nombre considérable. Il a détaillé les biens soumis à la Zakat : le bétail, les céréales, les fruits, les monnaies et les biens destinés au commerce. Il en a précisé les seuils d’imposition et la quotité due, et a rappelé la menace sévère contre celui qui s’en abstient. Les musulmans s’accordent sur le fait que la foi, la religion et l’Islam de celui qui la délaisse en sont diminués, et n’ont divergé que sur la question de savoir si celui qui l’abandonne devient mécréant ou non. La Zakat, l’aumône et la bienfaisance recèlent des bienfaits multiples, essentiels et complémentaires, tant religieux que mondains :
Parmi ceux-ci : elle compte parmi les plus grands rites de la religion et les plus éclatantes preuves de la foi. Le Prophète ﷺ a dit : « L’aumône est une preuve »1, c’est-à-dire une preuve attestant la foi de celui qui la donne, sa religion et son amour pour Allah, puisqu’il a offert généreusement pour Allah un bien pourtant si cher aux âmes.
Parmi ceux-ci également : elle purifie et fait fructifier celui qui donne, celui qui reçoit et le bien dont elle est prélevée. Quant à la purification du donateur, elle épure son caractère et le débarrasse de l’avarice, de la cupidité et des mœurs viles. Elle cultive ses qualités de sorte qu’il se pare des vertus des généreux, des bienfaisants et des reconnaissants, car elle est l’une des plus hautes formes de reconnaissance envers Allah, et la reconnaissance s’accompagne toujours d’un surcroît. Elle accroît aussi sa rétribution et sa récompense, car la Zakat et la dépense sont multipliées maintes fois selon la foi de celui qui donne, sa sincérité, l’utilité de son don et sa pertinence. Elle dilate la poitrine, réjouit l’âme et éloigne du serviteur quantité d’épreuves et de maux. Que de grâces religieuses et mondaines elle a attirées, que de malheurs, d’adversités et de maladies elle a repoussés, que de douleurs elle a allégées, que d’inimitiés elle a dissipées pour laisser place à l’affection et à l’amitié, que d’invocations exaucées elle a suscitées de la part de cœurs sincères !
Elle fait aussi fructifier le bien dont elle est prélevée, car elle le préserve des fléaux et y fait descendre la bénédiction divine. Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Jamais une aumône n’a diminué un bien »2, bien au contraire, elle l’augmente. Le Très-Haut a dit :
« Et toute chose que vous dépensez, Il la remplace, et Il est le Meilleur des pourvoyeurs. » [Sourate 34, v.39]
Dans les deux Sahihs, le Prophète ﷺ a dit : « Il n’est pas un jour où les serviteurs se réveillent sans que deux anges ne descendent. L’un dit : “Ô Allah, accorde à celui qui dépense une compensation”, et l’autre dit : “Ô Allah, accorde à celui qui retient une perte.” »3 La réalité en témoigne : on ne trouve guère un croyant qui s’acquitte de la Zakat et dépense à bon escient sans qu’Allah ne fasse descendre la bénédiction sur ses biens et ne lui ouvre les voies de la subsistance. Muslim rapporte dans son Sahih, d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Prophète ﷺ a dit : « Un homme se trouvait dans une terre aride lorsqu’il entendit une voix dans un nuage dire : “Arrose le jardin d’untel.” Le nuage se déplaça et déversa son eau sur un champ de pierres noires. Un canal recueillit alors toute cette eau. L’homme suivit l’eau et trouva un homme debout dans son jardin, détournant l’eau avec sa bêche. Il lui dit : “Ô serviteur d’Allah, quel est ton nom ?” L’homme répondit : “Untel”, le nom même qu’il avait entendu dans le nuage. L’homme du jardin lui dit : “Ô serviteur d’Allah, pourquoi me demandes-tu mon nom ?” Il répondit : “J’ai entendu une voix dans le nuage dont voici l’eau dire : ‘Arrose le jardin d’untel’, citant ton nom. Que fais-tu de ce jardin ?” Il répondit : “Puisque tu me le demandes, j’observe ce qu’il produit : j’en donne le tiers en aumône, j’en mange le tiers avec ma famille, et j’en réinvestis le tiers.” » Dans une autre version : « Et j’en consacre le tiers aux indigents, aux mendiants et au voyageur démuni. »4
Quant à son bienfait pour celui qui reçoit, Allah Très-Haut a ordonné de la verser aux nécessiteux parmi les pauvres, les indigents, les endettés, pour l’affranchissement des jougs, et pour les intérêts dont les musulmans ont besoin, à la lumière du verset précédent. Dès lors qu’elle est placée là où il convient, les besoins et les nécessités sont comblés, les pauvres s’enrichissent ou voient leur dénuement s’alléger, et les intérêts publics utiles sont assurés. Quel bienfait est plus grand et plus noble que celui-ci ! Si les riches s’acquittaient de la Zakat de leurs biens et qu’elle était distribuée à bon droit, les intérêts religieux et mondains seraient établis, les nécessités disparaîtraient, les maux de la pauvreté seraient repoussés, et ce serait le plus puissant rempart et la plus solide digue contre les agissements des corrupteurs. C’est pourquoi la Zakat figure parmi les plus grandes beautés de l’Islam, par les bienfaits et les profits qu’elle procure et les préjudices qu’elle repousse.
Parmi ce qui a été rapporté au sujet du châtiment de celui qui refuse la Zakat, la parole du Très-Haut :
« Ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas dans le sentier d’Allah, annonce-leur un châtiment douloureux. Le jour où ils seront portés à incandescence dans le feu de l’Enfer et qu’on en marquera leurs fronts, leurs flancs et leurs dos : “Voici ce que vous thésaurisiez pour vous-mêmes. Goûtez donc ce que vous thésaurisiez !” » [Sourate 9, v.34-35]
Al Bukhari rapporte d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Celui à qui Allah a donné des biens et qui ne s’acquitte pas de leur Zakat, ses biens prendront au Jour de la Résurrection la forme d’un serpent à la tête pelée pourvu de deux excroissances [remplies de venin]. Il s’enroulera autour de son cou au Jour de la Résurrection, puis le saisira par les deux mâchoires et lui dira : “Je suis ton bien, je suis ton trésor.” » Puis il récita : « Que ceux qui thésaurisent ce qu’Allah leur a accordé de Sa grâce ne pensent point que cela soit un bien pour eux, c’est au contraire un mal pour eux. Ce qu’ils ont thésaurisé leur sera attaché au cou au Jour de la Résurrection. » [Sourate 3, v.180]5
Lorsqu’Allah accorde au serviteur la grâce de s’acquitter de sa Zakat ou de faire l’aumône dans Son sentier, qu’il prenne garde à l’ostentation, à la quête de renommée, au rappel du bienfait et au tort causé, car cela annule la récompense et peut y substituer un fardeau. Le Très-Haut a dit :
« Ô vous qui avez cru ! N’annulez pas vos aumônes par le rappel du bienfait et le tort causé. » [Sourate 2, v.264]
Ô Allah, nous cherchons refuge auprès de Toi contre une richesse qui ne nous rapproche pas de Toi. Nous Te demandons la purification de nos âmes et de nos cœurs de l’avarice, de la cupidité et de toutes les maladies des cœurs. Nous Te demandons d’inscrire pour ceux qui dépensent et font l’aumône leur récompense et de leur accorder une rétribution généreuse.
Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq
