L’évocation d’Allah ﷻ constitue la plus pure des œuvres, la meilleure et la plus méritoire auprès d’Allah ﷾. Il est rapporté dans le Musnad de l’Imam Ahmad, le Jami’ d’Al Tirmidhi, les Sunan d’Ibn Majah, le Mustadrak d’Al Hakim et d’autres recueils, d’après Abu Al Darda, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Ne vous informerai-je pas de la meilleure de vos œuvres, la plus pure auprès de votre Souverain, celle qui vous élève le plus en degrés, qui est meilleure pour vous que de dépenser l’or et l’argent, et meilleure pour vous que de rencontrer votre ennemi pour frapper leurs cous tandis qu’ils frappent les vôtres ? » Ils répondirent : « Certes, ô Messager d’Allah ! » Il dit : « L’évocation d’Allah ﷾. »1
Ce hadith grandiose établit l’excellence de l’évocation : elle équivaut à l’affranchissement des esclaves2, à la dépense des biens, au don de montures dans le sentier d’Allah ﷾ et au combat par l’épée dans le sentier d’Allah ﷾. Ibn Rajab, qu’Allah lui fasse miséricorde, a déclaré : « Nombreux sont les textes établissant la supériorité de l’évocation sur l’aumône et les autres œuvres. »3 Puis il a mentionné le hadith d’Abu Al Darda cité plus haut, ainsi qu’un ensemble d’autres hadiths portant la même signification.
Ibn Abi Al Dunya rapporte, comme le mentionne Al Mundhiri dans Al Targhib wa Al Tarhib en jugeant sa chaîne de transmission bonne, d’après Al A’mash, d’après Salim ibn Abi Al Ja’d, qu’on dit à Abu Al Darda qu’un homme avait affranchi cent esclaves. Il répondit : « Cent esclaves sur les biens d’un homme, voilà certes chose considérable ! Mais plus méritoire encore est une foi constante de jour comme de nuit, et que la langue de l’un d’entre vous demeure humide par l’évocation d’Allah. »4 Il établit ainsi, qu’Allah l’agrée, le mérite de l’affranchissement des esclaves, tout en montrant que malgré son immense valeur, il n’égale pas l’assiduité et la persévérance dans l’évocation. Cette prééminence de l’évocation sur les autres œuvres a été affirmée par nombre de Compagnons et de Successeurs, parmi lesquels ‘Abd Allah ibn Mas’ud et ‘Abd Allah ibn ‘Amr ibn Al ‘As, qu’Allah les agrée. Ibn Rajab, qu’Allah lui fasse miséricorde, a rapporté certains de ces propos dans Jami’ Al ‘Ulum wa Al Hikam.
L’Imam Ahmad et Al Tabarani rapportent, d’après Sahl ibn Mu’adh ibn Anas Al Juhani, d’après son père, que le Messager d’Allah ﷺ fut interrogé : « Ô Messager d’Allah, lequel des combattants reçoit la plus grande récompense ? » Il répondit : « Celui qui évoque le plus Allah ﷾. » On lui demanda : « Et lequel des jeûneurs a la plus grande récompense ? » Il répondit : « Celui qui évoque le plus Allah. » On lui mentionna ensuite la prière, la zakat, le pèlerinage et l’aumône, et pour chacune de ces œuvres, le Messager d’Allah ﷺ répondait : « Celui qui évoque le plus Allah. » Alors Abu Bakr, qu’Allah l’agrée, dit à ‘Umar, qu’Allah l’agrée : « Les évocateurs ont emporté tout le bien ! » Le Messager d’Allah ﷺ confirma : « Assurément ! »5
Ce mois béni est le mois de l’évocation et de la louange d’Allah, Seigneur des mondes. Bien plus, le jeûne n’a été prescrit et les jeûneurs ne jeûnent que pour établir l’évocation d’Allah. C’est pourquoi le Prophète ﷺ a informé, comme mentionné précédemment, que parmi ceux qui s’associent dans l’accomplissement d’une obéissance ou d’un acte de rapprochement envers le Seigneur des terres et des cieux, les plus élevés en degré et les mieux rétribués sont ceux qui évoquent le plus Allah. Cela démontre l’importance de l’évocation et qu’elle est la finalité recherchée à travers l’ensemble des obéissances et adorations. Ainsi, le jeûneur le plus récompensé est celui qui évoque le plus Allah.
L’évocation d’Allah est plus grande que toute chose et meilleure que toute chose. Allah ﷾ dit (dans le sens rapproché) :
« Récite ce qui t’a été révélé du Livre et accomplis la prière. Certes, la prière préserve de la turpitude et du blâmable. Et l’évocation d’Allah est plus grande. » [Sourate 29, v.45]
C’est-à-dire que l’évocation qu’Allah fait de vous par la récompense et l’éloge surpasse celle que vous Lui adressez dans vos adorations et prières, car Il évoque celui qui L’évoque. Tel est l’avis d’Ibn Mas’ud, Ibn ‘Abbas, Abu Al Darda, Abu Qurra, Salman et Al Hasan, et c’est le choix d’Al Tabari. Il fut dit aussi que votre évocation d’Allah dans la prière et la récitation du Coran est meilleure que toute chose. Il fut dit également que l’évocation d’Allah, pratiquée avec assiduité, est plus efficace que la prière pour préserver de la turpitude et du blâmable. Ibn Zayd et Qatada ont dit : « Et l’évocation d’Allah est plus grande que toute chose », c’est-à-dire meilleure que toutes les adorations dépourvues d’évocation.6
Cheikh Al Islam Ibn Taymiyya, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Le sens correct de ce verset est que la prière renferme deux objectifs grandioses, l’un plus grand que l’autre. Elle préserve de la turpitude et du blâmable, et elle contient l’évocation d’Allah ﷾. Or ce qu’elle contient d’évocation d’Allah ﷾ est plus grand que sa fonction de préserver de la turpitude et du blâmable. » On interrogea Salman Al Farisi, qu’Allah l’agrée : « Quelle œuvre est la meilleure ? » Il répondit : « Ne lis-tu donc pas le Coran ? Et l’évocation d’Allah est plus grande. »7 Ibn Abi Al Dunya rapporte qu’Ibn ‘Abbas, qu’Allah les agrée tous deux, fut interrogé : « Quelle œuvre est la meilleure ? » Il répondit : « L’évocation d’Allah est plus grande. »8
Allah a ordonné dans Son Livre à Ses serviteurs croyants de multiplier Son évocation debout, assis et couchés sur leurs côtés, de nuit comme de jour, sur terre et sur mer, en voyage et en résidence, dans l’aisance et la gêne, en santé et en maladie, en secret et en public, en toute circonstance. Il leur a promis en retour une récompense abondante, une rétribution immense et un retour magnifique. Allah ﷾ dit :
« Ô vous qui avez cru ! Évoquez Allah d’une évocation abondante et proclamez Sa pureté matin et soir. C’est Lui qui fait votre éloge, ainsi que Ses anges par leurs invocations, pour vous faire sortir des ténèbres vers la lumière. Et Il est, envers les croyants, Miséricordieux. Leur salutation le jour où ils Le rencontreront sera : “Salam !” Et Il leur a préparé une récompense généreuse. » [Sourate 33, v.41-44]
Ce verset exhorte à multiplier l’évocation d’Allah ﷾ et expose l’immense récompense et le bien considérable qui en découlent. Sa parole « C’est Lui qui fait votre éloge, ainsi que Ses anges par leurs invocations » constitue le plus grand encouragement à multiplier l’évocation d’Allah et la plus belle exhortation en ce sens. C’est-à-dire qu’Allah, Pureté à Lui, vous évoque, évoquez-Le donc à votre tour. Les versets portant ce même sens abondent dans le Coran, telle la parole d’Allah ﷾ :
« De même que Nous avons envoyé parmi vous un messager issu de vous, qui vous récite Nos versets, vous purifie, vous enseigne le Livre et la Sagesse, et vous enseigne ce que vous ignoriez. Évoquez-Moi donc, Je vous évoquerai. Soyez reconnaissants envers Moi et ne Me reniez pas. » [Sourate 2, v.151-152]
La rétribution est à la mesure de l’acte : celui qui évoque Allah en son for intérieur, Allah l’évoque en Lui-même. Celui qui évoque Allah en assemblée, Allah l’évoque en une assemblée meilleure encore. Et celui qui oublie Allah, Allah l’oublie.
Les hommes et les femmes qui évoquent abondamment Allah sont les Mufarridun, les devanciers vers le bien, ceux qui sont comblés des plus hauts degrés et des stations les plus éminentes. Muslim rapporte dans son Sahih d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée : « Le Messager d’Allah ﷺ cheminait sur la route de La Mecque lorsqu’il passa près d’une montagne appelée Jumdan. Il dit : “Avancez ! Voici Jumdan. Les Mufarridun ont pris les devants.” Ils demandèrent : “Qui sont les Mufarridun, ô Messager d’Allah ?” Il dit : “Les hommes et les femmes qui évoquent abondamment Allah.” »9
Mais par quoi le serviteur parvient-il à cela ?
Voilà une question capitale que tout musulman se doit de méditer et dont il lui faut connaître la réponse. Parmi les plus beaux propos rapportés des Pieux Prédécesseurs concernant le sens de « ceux qui évoquent abondamment Allah » figure celui d’Ibn ‘Abbas, qu’Allah les agrée tous deux : « Ce sont ceux qui évoquent Allah à la suite des prières, matin et soir, dans leurs lits, chaque fois qu’ils se réveillent, et chaque fois qu’ils quittent leur demeure ou y reviennent, ils évoquent Allah ﷾. »10
Dans le même sens, le savant émérite Cheikh ‘Abd Al Rahman ibn Si’di, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Le minimum est que l’homme s’astreigne aux Adhkar du matin et du soir, à ceux qui suivent les cinq prières, et à ceux liés aux circonstances et événements. Il convient de persévérer en cela en tout temps et en toute situation, car c’est une adoration par laquelle le pratiquant devance les autres tout en demeurant reposé. Elle conduit à l’amour d’Allah et à Sa connaissance, elle aide à accomplir le bien et préserve la langue des paroles répréhensibles. »11
Je demande à Allah, Pureté à Lui, par Ses noms sublimes, de nous compter parmi les hommes et les femmes qui L’évoquent abondamment, parmi ceux pour qui Allah a préparé un pardon et une récompense immense. Certes, Il en est capable et digne d’exaucer.
Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq
Musnad de l’Imam Ahmad (21599, 21601), Sunan Al Tirmidhi (3377), dont c’est la formulation. ↩︎
[NDT] Bien que le hadith d’Abu Al Darda ne mentionne pas explicitement l’équivalence de l’évocation avec l’affranchissement d’esclaves, celle-ci est établie par plusieurs hadiths authentiques. Ainsi, concernant la parole « Nulle divinité ne mérite l’adoration excepté Allah, Seul, sans associé, à Lui la royauté et les louanges, et Il est capable de toute chose » : le Prophète ﷺ a dit, d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée : « Celui qui la prononce cent fois dans une journée, cela lui vaut l’affranchissement de dix esclaves, cent bonnes actions lui sont inscrites, cent mauvaises actions lui sont effacées, et cela lui est une protection contre Shaytan ce jour-là jusqu’au soir. Nul ne vient avec meilleur que ce qu’il a apporté, si ce n’est quelqu’un qui en fait davantage. » [Al Bukhari (6403, 3293), Muslim (2691)]. De même, d’après ‘Amr ibn Maymun, qu’Allah lui fasse miséricorde : « Celui qui la prononce dix fois, c’est comme s’il avait affranchi quatre personnes de la descendance d’Isma’il. » [Muslim (2693)], et dans la version d’Al Bukhari : « une personne » [Al Bukhari (6404)]. Et d’après Abu ‘Ayyash Al Zurqi, qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ a dit : « Celui qui la prononce le matin, cela équivaut pour lui à l’affranchissement d’une personne de la descendance d’Isma’il, dix bonnes actions lui sont inscrites, dix mauvaises actions lui sont effacées, il est élevé de dix degrés, et il jouit d’une protection contre Shaytan jusqu’au soir. S’il la prononce le soir, il obtient la même récompense jusqu’au matin. » [Abu Dawud (5077), Ahmad (16583), Ibn Majah (3867) ; authentifié par Al Albani dans Sahih Al Jami’ (6418)]. Par ailleurs, ce mérite ne se limite pas au Tahlil. D’après Umm Hani bint Abi Talib, qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ a dit : « Déclare la pureté d’Allah cent fois, car cela équivaut pour toi à l’affranchissement de cent esclaves de la descendance d’Isma’il. Loue Allah cent fois, car cela te vaut cent chevaux sellés et bridés montés dans le sentier d’Allah. Proclame la grandeur d’Allah cent fois, car cela te vaut cent chameaux parés et acceptés. Proclame l’unicité d’Allah cent fois, [Ibn Khalaf dit : je pense qu’il a dit,] cela remplit ce qui est entre le ciel et la terre, et nul ne voit son œuvre élevée ce jour-là [au-dessus de la tienne], si ce n’est quelqu’un qui vient avec l’équivalent de ce que tu as apporté. » [Al Nassaï dans Al Kubra (10680), Ahmad (26911) ; Al Albani a dit dans Al Silsilah Al Sahihah (1316) : « son Isnad est bon (Hasan), ses narrateurs sont fiables »]. Ce dernier hadith réunit à lui seul trois des quatre mérites que l’auteur attribue à l’évocation : l’affranchissement des esclaves (Tasbih), le don de montures dans le sentier d’Allah (Tahmid) et la dépense des biens (Takbir). Ce sens sera d’ailleurs renforcé par ce que l’auteur cite par la suite. ↩︎
Jami’ Al ‘Ulum wa Al Hikam (p. 66). ↩︎
Al Albani l’a qualifié dans Da’if Al Targhib wa Al Tarhib de « faible, Mawquf ». ↩︎
Rapporté par l’Imam Ahmad dans le Musnad (15553) et Al Tabarani dans Al Du’a’ (1887), dont c’est la formulation. ↩︎
Tafsir Al Qurtubi (Sourate 29, v. 45). ↩︎
Rapporté par Al Tabari dans son Tafsir (20/183). ↩︎
Voir Al Wabil Al Sayyib d’Ibn Al Qayyim (p. 151-152). ↩︎
Sahih Muslim (2676). ↩︎
Al Adhkar d’Al Nawawi (p. 10). ↩︎
Tafsir Al Si’di (Sourate 33, v. 41). ↩︎
