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L'enchaînement des shayatins pendant Ramadan

Les stratagèmes d'un ennemi qu'on doit connaître pour s'en prémunir.

Parmi les particularités du mois béni de Ramadan figure l’enchaînement des shayatins et des rebelles parmi les djinns. Al Bukhari et Muslim rapportent d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Lorsque Ramadan arrive, les portes du Paradis sont ouvertes, les portes de l’Enfer sont fermées et les shayatins sont enchaînés. »1 Ahmad et Al Nassaï rapportent d’après Anas ibn Malik que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Voici Ramadan qui est venu à vous. Les portes du Paradis y sont ouvertes, les portes du Feu y sont fermées et les shayatins y sont enchaînés. »2 Al Tirmidhi et Ibn Majah rapportent d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Dès la première nuit du mois de Ramadan, les shayatins et les rebelles parmi les djinns3 sont enchaînés, les portes du Feu sont fermées sans qu’aucune n’en soit ouverte, et les portes du Paradis sont ouvertes sans qu’aucune n’en soit fermée. »4

Cheikh Al Islam Ibn Taymiyya, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Les shayatins sont enchaînés, et cet enchaînement affaiblit leur force et leur action. Ils ne peuvent plus accomplir durant Ramadan ce qu’ils perpétraient en temps ordinaire. Il n’a pas dit qu’ils étaient tués ni qu’ils étaient morts, mais qu’ils étaient “enchaînés”. Or le shaytan enchaîné peut encore nuire, mais cela demeure moindre et plus faible que ce qui survient en dehors de Ramadan. Cela dépend de la perfection ou de l’imperfection du jeûne : celui dont le jeûne est parfait repousse le shaytan d’une manière que ne permet pas un jeûne imparfait. »5

Nombre de gens aujourd’hui ignorent ou feignent d’ignorer la réalité du shaytan. Ils ne mesurent pas l’ampleur de ses ruses et de son inimitié envers les fils d’Adam, ni son acharnement à les bannir de la miséricorde et de l’agrément d’Allah pour les précipiter dans Sa réprobation, Sa colère et Son Feu. Allah ﷻ a dit (dans le sens rapproché) :

« Le shaytan est pour vous un ennemi, prenez-le donc pour ennemi. Il ne fait qu’appeler ses partisans à devenir des gens de la Fournaise. » [Sourate 35, v.6]

Cette hostilité est permanente, elle ne cessera qu’au Jour de la Résurrection. Quiconque, durant ce noble mois, s’adonne à autre chose que l’obéissance à Allah, se livrant aux péchés et aux fautes, aux divertissements et aux jeux, aux veillées futiles, aux commérages, au visionnage de chaînes satellites et de leurs poisons, celui-là, le shaytan l’a atteint et a obtenu de lui ce qu’il convoitait. Ses ruses sont quasi illimitées.

Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, en a mentionné un grand nombre dans son ouvrage Ighathatu Al Lahfan, des stratagèmes par lesquels il a piégé les serviteurs d’Allah : « Parmi ses ruses envers l’homme : il l’engage dans des voies où il lui fait miroiter son intérêt, puis le conduit vers des issues où se trouve sa perdition. Il l’abandonne alors, le livre à son sort, et se tient là, jubilant de son malheur, se gaussant de lui. Il lui ordonne le vol, la fornication et le meurtre, puis le dénonce et l’expose à l’opprobre. Allah ﷻ a dit :

« Lorsque le shaytan leur embellit leurs actions et dit : “Nul parmi les hommes ne peut vous vaincre aujourd’hui, et je suis votre protecteur.” Puis quand les deux groupes furent en vue l’un de l’autre, il tourna les talons et dit : “Je vous désavoue. Je vois ce que vous ne voyez pas. Je crains Allah, et Allah est dur en châtiment.” » [Sourate 8, v.48]

Il apparut en effet aux polythéistes, lors de leur sortie vers Badr, sous l’apparence de Suraqa ibn Malik et leur dit : “Je me porte garant de la part des Banu Kinana qu’ils ne s’en prendront pas à vos familles et à vos enfants.” Mais lorsque l’ennemi d’Allah aperçut les armées d’Allah, les anges descendus pour secourir Son Messager, il prit la fuite et les abandonna, comme l’a dit Hassan :

Il les a leurrés par ses tromperies puis les a livrés, car le perfide est bien trompeur envers quiconque s’allie à lui

Il en fit de même avec le moine qui tua la femme et son enfant : il lui commanda d’abord la fornication, puis le meurtre, puis le dénonça auprès de la famille de la femme en leur révélant son forfait. Ensuite, il lui enjoignit de se prosterner devant lui, et lorsque le moine s’exécuta, il s’enfuit et l’abandonna. C’est à propos de cela qu’Allah ﷻ a révélé :

« Il en est comme du shaytan lorsqu’il dit à l’homme : “Mécrois !” Puis quand celui-ci a mécru, il dit : “Je te désavoue. Je crains Allah, Seigneur des mondes.” » [Sourate 59, v.16]

Ce passage ne concerne pas exclusivement celui dont l’histoire est rapportée : il est général et s’applique à quiconque obéit au shaytan lorsqu’il lui ordonne la mécréance sous prétexte de le soutenir et de satisfaire son besoin. Car il se désavoue de lui et le livre à son sort, tout comme il se désavoue de l’ensemble de ses alliés dans le Feu en leur disant :

« Je renie ce en quoi vous m’avez associé auparavant. » [Sourate 14, v.22]

Il les a ainsi menés vers les pires issues, puis s’est totalement désavoué d’eux.

Parmi les ruses de l’ennemi d’Allah ﷻ : il effraie les croyants par ses soldats et ses alliés, pour qu’ils ne les combattent pas, ne leur enjoignent pas le bien et ne leur interdisent pas le mal. C’est l’un de ses stratagèmes les plus redoutables contre les gens de foi. Allah ﷻ nous en a informés en disant :

« C’est le shaytan qui vous fait peur de ses alliés. Ne les craignez donc pas, mais craignez-Moi si vous êtes croyants. » [Sourate 3, v.175]

Selon l’unanimité des exégètes, le sens est : il vous fait peur par ses alliés. Qatadah a dit : “Il les magnifie dans vos poitrines. C’est pourquoi Il a dit : ‘Ne les craignez donc pas, mais craignez-Moi si vous êtes croyants.’ Plus la foi du serviteur se renforce, plus la peur des alliés du shaytan se dissipe de son cœur. Et plus sa foi s’affaiblit, plus sa peur d’eux grandit.”

Parmi ses stratagèmes également : il ensorcelle inlassablement la raison jusqu’à la piéger, et nul n’est préservé de son sortilège hormis celui qu’Allah veut préserver. Il pare aux yeux de l’homme l’acte qui lui nuit au point de lui faire croire que c’est la chose la plus profitable, et le détourne de l’acte le plus salutaire au point de lui faire croire qu’il lui est nuisible. Nulle divinité ne mérite l’adoration excepté Allah ! Combien d’êtres humains ont été éprouvés par ce sortilège ! Combien de fois il a dressé un voile entre le cœur et l’Islam, la foi et l’excellence ! Combien de fois il a paré le faux, l’a revêtu d’une apparence attrayante, enlaidi le vrai et l’a fait paraître sous un jour repoussant ! Combien de fausses monnaies il a fait briller aux yeux des connaisseurs, et combien de contrefaçons il a écoulées auprès des plus avertis ! C’est lui qui a ensorcelé les esprits au point de jeter leurs possesseurs dans des passions divergentes et des opinions dispersées, les a engagés dans tous les sentiers de l’égarement et précipités d’abîme en abîme. Il leur a embelli l’adoration des idoles, la rupture des liens de parenté, l’enfouissement des filles vivantes et le mariage avec les mères, et leur a promis le triomphe au Paradis malgré la mécréance, la perversité et la désobéissance. Il leur a présenté l’association sous l’apparence de la vénération, la négation des attributs du Seigneur ﷻ, de Son élévation sur Son Trône et de Sa parole dans Ses Livres sous le couvert de la transcendance, l’abandon de l’injonction au bien et de l’interdiction du mal sous le couvert de la complaisance et de l’amabilité envers les gens, en invoquant Sa parole :

« Occupez-vous de vous-mêmes. » [Sourate 5, v.105]

Il leur a aussi présenté le détournement de ce qu’a apporté le Messager ﷺ sous le couvert du conformisme aveugle et de la suffisance de la parole de ceux qui seraient plus savants qu’eux, et l’hypocrisie et la complaisance en matière de religion sous le couvert de la sagesse pragmatique par laquelle le serviteur s’intègre parmi les gens. C’est lui le compagnon des deux parents lorsqu’il les fit sortir du Paradis, le compagnon de Qabil lorsqu’il tua son frère, le compagnon du peuple de Nuh lorsqu’ils furent engloutis, du peuple de ‘Ad lorsqu’ils furent anéantis par le vent stérile, le compagnon du peuple de Salih lorsqu’ils furent foudroyés par le cri, le compagnon de la communauté de Lut lorsqu’elle fut ensevelie et accablée de pierres, le compagnon de Pharaon et de son peuple lorsqu’ils furent saisis d’une prise implacable, le compagnon des adorateurs du veau lorsqu’il leur advint ce qu’il leur advint, le compagnon de Quraysh lorsqu’ils furent convoqués le jour de Badr, et le compagnon de tout être perdu et éprouvé. »6

Tel est donc l’ennemi dont les caractéristiques sont apparues et dont les signes et les traits se sont dévoilés : il appelle ses partisans à devenir des gens de la Fournaise et emprunte tout chemin pour y parvenir. Certains parmi les Pieux Prédécesseurs ont dit : « Allah ﷻ n’a prescrit aucun commandement sans que le shaytan n’y ait deux incitations : soit le laisser-aller et la négligence, soit l’excès et l’exagération. Peu lui importe laquelle des deux fautes il obtient du serviteur. »7

Que chacun examine donc sa personne et ses actes : comportent-ils une réponse au shaytan et à ses pièges ? Si tel est le cas, qu’il se ressaisisse par le repentir à Allah, qu’il délaisse l’égarement et le mal où il se trouve, et qu’il déclare l’hostilité à cet ennemi acharné. Ou bien, s’il se trouve sous la protection et la sauvegarde d’Allah, qu’il Lui en rende grâce, qu’il Lui demande la constance et qu’il s’efforce de multiplier les bonnes œuvres. Le Prophète ﷺ cherchait abondamment refuge auprès d’Allah contre le shaytan et enseignait cela à ses Compagnons :

« Dis : “Seigneur, je cherche refuge auprès de Toi contre les incitations des shayatins, et je cherche refuge auprès de Toi, Seigneur, contre leur présence auprès de moi.” » [Sourate 23, v.97-98]

Ô Allah, nous cherchons refuge auprès de Toi contre le shaytan maudit, contre ses incitations, son souffle et ses insufflations8.

Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq


  1. Al Bukhari (3277) et Muslim (1079), la formulation est celle d’Al Bukhari. ↩︎

  2. Sunan Al Nassaï (2105), Al Musnad (13408). ↩︎

  3. [NDT] Le mot « rebelles » traduit l’arabe مَرَدَة (Maradah), pluriel de مَارِد (Marid). La racine م-ر-د porte un sens que le mot « rebelle » ne livre pas seul : celui du dépouillement. Les Arabes disent d’un arbre qui a perdu ses feuilles qu’il est Amrad, d’une dune qui ne fait rien pousser qu’elle est Marda’, d’un visage sans barbe qu’il est Amrad, dans chaque cas, une nudité, une mise à nu. Al Raghib Al Asfahani, qu’Allah lui fasse miséricorde, a défini le Marid comme « celui qui est dépouillé de toute vertu » (المتعرّي من الخيرات) [Al Mufradat (p. 764)], et Ibn Manzur comme « celui qui atteint le degré qui le fait sortir de l’ensemble de ce sur quoi est son espèce » [Lisan Al Arab (3/400)]. Le Marid n’est donc pas simplement un désobéissant : c’est un être dont le mal est si total qu’il ne reste en lui aucune trace de bien, comme un arbre dont les branches apparaissent à nu. Ibn Khuzayma, qu’Allah lui fasse miséricorde, a consacré un chapitre de son Sahih (3/188) à cette question. Il y rapporte une version du hadith où « les rebelles parmi les djinns » figure sans la conjonction « et », directement en apposition de « les shayatins », et non comme une catégorie supplémentaire. Il en conclut que le Prophète ﷺ a voulu dire par « les shayatins sont enchaînés » : les rebelles parmi les djinns, pas tous les shayatins, car le terme « shayatins » peut ne désigner qu’une partie d’entre eux. ↩︎

  4. Al Tirmidhi (682) et Ibn Majah (1642), la formulation est celle d’Al Tirmidhi. ↩︎

  5. Majmu’ Al Fatawa d’Ibn Taymiyya (25/246).

    [NDT] Al Qurtubi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a approfondi cette question dans Al Mufhim en distinguant trois cas de figure : « Les shayatins ne sont enchaînés que pour celui dont le jeûne a été préservé dans ses conditions et dont les convenances ont été observées, et quant à celui qui ne préserve pas son jeûne, le shaytan n’est pas enchaîné à son égard. Et même si nous admettons qu’ils sont enchaînés pour tout jeûneur, il ne découle pas de l’enchaînement de tous les shayatins que tout mal disparaisse, car le mal a d’autres causes que les shayatins : les âmes mauvaises, les habitudes déplorables et les shayatins parmi les hommes. Et cet enchaînement concerne la majorité des shayatins et les rebelles parmi eux, et quant à ceux qui ne sont pas des rebelles, ils ne sont pas nécessairement enchaînés. Le dessein est la diminution des maux, et cela est attesté durant le mois de Ramadan, car les maux et les turpitudes y sont peu nombreux comparé aux autres mois. » [Al Mufhim (3/136)] On a ajouté à cela que l’enchaînement lève l’excuse du pécheur, comme s’il lui était dit : « Les shayatins ont été détournés de toi, ne les invoque donc pas comme prétexte pour délaisser l’obéissance ou commettre les péchés. » [Fath Al Bari (4/114-115)] Abu Bakr Ibn Al ‘Arabi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a ajouté que l’enchaînement empêche les shayatins de nuire par leurs membres, mais pas d’insuffler dans les cœurs, car la Waswasa ne s’exerce ni par la main ni par le pied, et ne requiert aucun contact : c’est Allah qui crée l’effet dans le cœur du serviteur lorsque le shaytan la prononce, comme Il crée l’effet dans le corps de l’envoûté lorsque le sorcier agit, et chez celui qui est atteint du mauvais œil lorsque l’envieux porte son regard. Voir Al Masalik fi Sharh Muwatta’ Malik (4/248). ↩︎

  6. Ighathatu Al Lahfan d’Ibn Al Qayyim (1/125-128). ↩︎

  7. Al Wabilu Al Sayyib (p. 29).

    [NDT] Cette parole est attribuée à Makhlad ibn Al Husayn Al Azdi Al Muhallibi (mort en 191 H), qu’Abu Nu’aym a rapportée dans Al Hilyah (8/266). Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a décrit la méthode concrète du shaytan dans Al Wabilu Al Sayyib : « Il vient au cœur du serviteur et le flaire : s’il y trouve du laisser-aller, de la mollesse et du laxisme, il le prend par cette voie, le paralyse, le fait asseoir, le frappe de paresse, de nonchalance et de tiédeur, et lui ouvre la porte des interprétations accommodantes et de l’espoir fallacieux, au point que parfois le serviteur délaisse entièrement ce qui lui était ordonné. Mais s’il y trouve de la vigilance, de l’ardeur et de l’élan, et qu’il désespère de le prendre par cette porte, il lui ordonne l’effort excessif et lui fait miroiter que cela ne lui suffit pas, que son ambition est au-dessus de cela, qu’il devrait surpasser les adorateurs, ne pas dormir quand ils dorment, ne pas rompre le jeûne quand ils rompent, ne pas se relâcher quand ils se relâchent, et si l’un d’eux se lave les mains et le visage trois fois, toi lave-toi sept fois, et s’il fait ses ablutions pour la prière, toi prends un bain complet, et ainsi de suite dans l’excès et la transgression. Il le pousse ainsi au-delà du chemin droit, tout comme il pousse le premier à rester en-deçà. Son dessein avec les deux hommes est un seul : les sortir du chemin droit, l’un en l’empêchant de s’en approcher, l’autre en le lui faisant dépasser. La plupart des créatures ont été éprouvées par cela, et rien n’en sauve hormis une science bien ancrée, la foi, la force de le combattre et l’attachement au juste milieu. Et c’est Allah dont on implore le secours. » [Al Wabilu Al Sayyib (p. 29-30)] Le Prophète ﷺ a confirmé ce principe : on mentionna devant lui des hommes parmi ses Compagnons qui s’épuisaient dans l’adoration d’un épuisement intense, et il dit : « Telle est la fougue de l’Islam et son ardeur. Or toute fougue a son ardeur et toute ardeur est suivie d’un relâchement. Celui dont le relâchement le ramène au Livre et à la Sunnah, quelle bonne mère l’a porté ! Et celui dont le relâchement le mène aux désobéissances d’Allah, celui-là est le perdu. » [Ahmad (6540), Al Tabarani (14274) ; chaîne déclarée bonne par Al Albani dans Al Silsilah Al Sahihah (6/837)] ↩︎

  8. [NDT] Le Prophète ﷺ a lui-même expliqué ces trois termes dans le hadith rapporté par ‘Abd Allah ibn Mas’ud, qu’Allah l’agrée : « Ô Allah, je cherche refuge auprès de Toi contre le shaytan maudit, contre son Hamz, son Nafth et son Nafkh. Son Hamz est la Mawtah, son Nafth est la poésie, et son Nafkh est l’orgueil » [Ibn Majah (808), Ahmad (3830) ; authentifié par Al Albani dans Sahih Ibn Majah (665)]. Abu ‘Ubayd Al Qasim ibn Sallam, qu’Allah lui fasse miséricorde, a détaillé cette interprétation prophétique dans Gharib Al Hadith (2/440-443) : le Hamz est la folie (الموتة), nommée ainsi car elle relève de l’aiguillonnement et de la pression (النخس والغمز), le shaytan pousse et presse la raison de l’homme jusqu’à la faire basculer. Le Nafth est la poésie mensongère, nommée ainsi car elle est comme ce que l’homme souffle légèrement de sa bouche, à l’image de l’incantation, et il ne s’agit pas de toute poésie, mais de celle que les polythéistes déclamaient contre le Prophète ﷺ et ses Compagnons, car il a été rapporté une permission pour la poésie en dehors de cela. Le Nafkh est l’orgueil, nommé ainsi « car le shaytan insuffle dans l’âme de l’homme, la lui magnifie et rabaisse les gens à ses yeux, jusqu’à ce que l’orgueil, la tyrannie et la vanité s’emparent de lui. » [Gharib Al Hadith, Abu ‘Ubayd (2/440-443)] Chaque terme désigne ainsi un front d’attaque distinct : la raison (Hamz), la parole (Nafth) et le cœur (Nafkh). Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a remarqué que ce verset de l’Isti’adha vient immédiatement après le commandement : « Repousse le mal par ce qui est meilleur » [Sourate 23, v.96]. Le Coran prescrit donc deux remèdes pour deux types d’ennemis : face aux shayatins parmi les hommes, repousser leur mal par ce qui est meilleur ; face aux shayatins parmi les djinns, chercher refuge auprès d’Allah. Il a confirmé cette structure par deux parallèles coraniques : dans Al A’raf, « Pardonne, ordonne le bien et détourne-toi des ignorants » [v.199] suivi de « Et si le shaytan te suggère un mal, cherche refuge auprès d’Allah » [v.200] ; et dans Fussilat, « Repousse le mal par ce qui est meilleur » [v.34] suivi de « Et si le shaytan te suggère un mal, cherche refuge auprès d’Allah » [v.36]. L’article lui-même se clôt sur cette Isti’adha, après avoir longuement exposé les ruses du shaytan : c’est le remède que le Coran prescrit face à cet ennemi. [Ighathatu Al Lahfan (1/165)] ↩︎

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