Nous avons précédemment exposé que l’évocation d’Allah constitue la plus noble des œuvres et la meilleure d’entre elles, et que toute œuvre accomplie par le serviteur voit sa rétribution croître proportionnellement à l’évocation d’Allah qu’elle renferme.
Cela est établi par ce que rapportent l’Imam Ahmad et Al Tabarani, d’après Sahl ibn Mu’adh ibn Anas Al Juhani, d’après son père, que le Messager d’Allah ﷺ fut interrogé : « Ô Messager d’Allah, lequel des combattants reçoit la plus grande récompense ? » Il répondit : « Celui qui évoque le plus Allah ﷾. » On lui demanda : « Et lequel des jeûneurs a la plus grande récompense ? » Il répondit : « Celui qui évoque le plus Allah. » On lui mentionna ensuite la prière, la zakat, le pèlerinage et l’aumône, et pour chacune de ces œuvres, le Messager d’Allah ﷺ répondait : « Celui qui évoque le plus Allah. » Alors Abu Bakr, qu’Allah l’agrée, dit à ‘Umar, qu’Allah l’agrée : « Les évocateurs ont emporté tout le bien ! » Le Messager d’Allah ﷺ confirma : « Assurément ! »1
Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Les meilleurs pratiquants de chaque œuvre sont ceux qui y évoquent le plus Allah ﷻ. Les meilleurs jeûneurs sont ceux qui évoquent le plus Allah ﷻ durant leur jeûne. Les meilleurs parmi ceux qui font l’aumône sont ceux qui évoquent le plus Allah ﷻ. Les meilleurs pèlerins sont ceux qui évoquent le plus Allah ﷻ. Il en va de même pour toutes les œuvres. »2
Lorsqu’Allah ﷾ ordonne de multiplier une chose, c’est en raison de son importance, de son immense valeur et des nombreuses retombées et fruits qu’en recueille le serviteur qui s’y adonne. Or l’évocation recèle des bienfaits innombrables et des fruits que nul ne saurait dénombrer. Il convient ici de rappeler aux jeûneurs quelques-uns de ces bienfaits :
Elle chasse shaytan, le repousse et le brise. Allah ﷾ a dit (dans le sens rapproché) : « Et quiconque s’aveugle face au rappel du Tout Miséricordieux, Nous lui assignons un shaytan qui devient son compagnon inséparable. » [Sourate 43, v.36] Et Il a dit ﷾ : « Ceux qui craignent [Allah], lorsqu’une suggestion de shaytan les touche, se rappellent, et les voilà devenus clairvoyants. » [Sourate 7, v.201] Il est établi dans la recommandation de Yahya fils de Zakariyya, que le salut soit sur lui, aux Fils d’Israël, telle que la mentionne le long hadith : il leur ordonna d’abord le Tawhid, puis la prière, le jeûne et l’aumône, puis il a dit : « Et je vous ordonne d’évoquer Allah, et l’exemple en est un homme poursuivi par l’ennemi à vive allure, jusqu’à ce qu’il parvienne à une forteresse imprenable où il se met à l’abri. De même, le serviteur ne se préserve de shaytan que par l’évocation d’Allah. »3
Elle apporte au cœur de l’évocateur joie, bonheur, sérénité et quiétude. Allah ﷾ a dit : « Ceux qui ont cru, et dont les cœurs se tranquillisent à l’évocation d’Allah. N’est-ce point par l’évocation d’Allah que se tranquillisent les cœurs ? » [Sourate 13, v.28] Il sied aux cœurs des croyants de ne trouver quiétude et repos qu’en l’évocation d’Allah, en rien d’autre. L’évocation est la vie du cœur et sa force : les cœurs ne vivent et ne se nourrissent que par elle. Cheikh Al Islam Ibn Taymiyya, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « L’évocation est pour le cœur ce que l’eau est pour le poisson. Comment serait l’état du poisson s’il quittait l’eau ? »4
Celui qui s’y adonne reçoit en retour l’évocation d’Allah. Allah ﷾ a dit : « Évoquez-Moi donc, Je vous évoquerai. » [Sourate 2, v.152] Dans les deux Sahih, d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, le Messager d’Allah ﷺ a dit, rapportant les paroles de son Seigneur ﷾ : « S’il M’évoque en lui-même, Je l’évoque en Moi-même. S’il M’évoque en assemblée, Je l’évoque dans une assemblée meilleure encore. »5
Elle efface les péchés et les dissipe, et elle sauve l’évocateur du châtiment d’Allah. Dans le Musnad, d’après Mu’adh ibn Jabal, qu’Allah l’agrée, le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Jamais un fils d’Adam n’a accompli d’œuvre qui le sauve mieux du châtiment d’Allah que l’évocation d’Allah. »6
Elle procure en termes de don, de récompense et de grâce ce qu’aucune autre œuvre n’engendre, tout en demeurant la plus aisée des adorations. Dans les deux Sahih, d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Quiconque dit cent fois par jour : “La Ilaha Illa Allah, Wahdahu La Sharika Lah, Lahul Mulk Wa Lahul Hamd, Wa Huwa ‘Ala Kulli Shayyin Qadir” (Nulle divinité ne mérite l’adoration excepté Allah, Seul, sans associé, à Lui la royauté et les louanges, et Il est capable de toute chose), cela lui vaudra l’équivalent de l’affranchissement de dix esclaves, cent bonnes actions lui seront inscrites, cent péchés lui seront effacés, cela lui sera une protection contre shaytan ce jour-là jusqu’au soir, et nul ne fera mieux que lui sauf celui qui en aura fait davantage. »7 Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres des dons et récompenses que procure l’évocation.
Elle est la plantation du Paradis. Al Tirmidhi rapporte d’après ‘Abd Allah ibn Mas’ud, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « J’ai rencontré Ibrahim la nuit où je fus transporté et il me dit : “Ô Mohammed, transmets le Salam de ma part à ta communauté et informe-les que le Paradis a une terre fertile, une eau douce, qu’il est fait de plaines, et que ses plantations sont : SubhanAllah, Al Hamdulillah, La ilaha illa Allah, Allahu Akbar (Pureté à Allah, et louange à Allah, et nulle divinité ne mérite l’adoration en dehors d’Allah, et Allah est plus grand).” »8
Elle est une lumière pour celui qui la pratique : elle l’accompagne en ce monde, illumine sa tombe et resplendit devant lui sur le Pont le Jour de la Résurrection. « Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Et Allah propose des paraboles aux gens. Et Allah est Omniscient. Dans des maisons qu’Allah a permis d’élever et où Son nom est invoqué. On y proclame Sa pureté matin et soir. Des hommes que ni le négoce ni le commerce ne distraient de l’évocation d’Allah, de l’accomplissement de la prière et de l’acquittement de la zakat. » [Sourate 24, v.35-37] Et Il a dit ﷾ : « Est-ce que celui qui était mort et que Nous avons ramené à la vie et à qui Nous avons assigné une lumière grâce à laquelle il marche parmi les gens, est pareil à celui qui est dans les ténèbres sans pouvoir en sortir ? » [Sourate 6, v.122] Le croyant s’illumine par la foi en Allah, par Son amour et Son évocation, tandis que l’insouciant demeure plongé dans des ténèbres superposées. La réussite totale réside dans l’obtention de cette lumière, et le malheur absolu dans sa perte et sa privation. C’est pourquoi le Prophète ﷺ multipliait les demandes à Allah ﷾ pour cette lumière, afin qu’Il la place dans tous ses membres et toutes les composantes de son être, apparentes et cachées, et qu’Il l’en entoure de toutes parts.9
Elle attire sur l’évocateur la prière d’Allah et de Ses anges, et c’est là le succès et la victoire mêmes. Allah ﷾ a dit : « Ô vous qui avez cru ! Évoquez Allah d’une évocation abondante et proclamez Sa pureté matin et soir. C’est Lui qui fait votre éloge, ainsi que Ses anges par leurs invocations, pour vous faire sortir des ténèbres vers la lumière. Et Il est, envers les croyants, Miséricordieux. » [Sourate 33, v.41-43]
Elle est un remède pour le cœur et une protection contre l’hypocrisie. Allah ﷾ a dit : « Ô vous qui avez cru ! Que vos biens et vos enfants ne vous distraient pas de l’évocation d’Allah. Et quiconque fait cela, ceux-là sont les perdants. » [Sourate 63, v.9] Et Il a dit au sujet des hypocrites : « Et ils n’évoquent Allah que très peu. » [Sourate 4, v.142] ‘Ali ibn Abi Talib, qu’Allah l’agrée, fut interrogé au sujet des gens du Chameau : « Sont-ils hypocrites ? » Il répondit : « Les hypocrites n’évoquent Allah que très peu. »10 Makhul ibn ‘Abd Allah, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « L’évocation d’Allah est un remède, et l’évocation des gens est une maladie. »11
Sa pratique assidue compense les actes d’obéissance et s’y substitue, qu’ils soient corporels, financiers, ou les deux à la fois comme le pèlerinage surérogatoire. C’est ce qu’indique explicitement le hadith rapporté par les deux Cheikhs d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, lorsque les pauvres se plaignirent au Prophète ﷺ que les gens fortunés avaient emporté les récompenses. Le Prophète ﷺ leur a dit : « Ne vous enseignerai-je pas quelque chose par quoi vous rattraperez ceux qui vous ont devancés et devancerez ceux qui viendront après vous, sans que personne ne soit meilleur que vous sauf celui qui fait comme vous ? » Ils ont dit : « Certes, ô Messager d’Allah ! » Il a dit : « Vous proclamez la pureté d’Allah, Sa grandeur et Sa louange trente-trois fois après chaque prière. »12 Il fit ainsi de l’évocation une compensation pour ce qu’ils avaient manqué du pèlerinage, de la ‘Umra et du combat. Dans le hadith de ‘Abd Allah ibn Busr, qu’Allah l’agrée, que rapporte Al Tirmidhi : « Un homme a dit : “Ô Messager d’Allah, les prescriptions de l’Islam se sont multipliées pour moi, indique-moi donc quelque chose à quoi je m’accrocherai.” Il a dit : “Que ta langue demeure constamment humide de l’évocation d’Allah.” »13 Il lui indiqua ﷺ, en conseiller sincère, ce par quoi il pourrait s’acquitter des rites de l’Islam s’il chérissait l’évocation et s’y attachait.
Ceci n’est qu’une goutte d’eau dans un océan, et peu parmi beaucoup, des bénéfices bénis de l’évocation, de ses fruits mûrs et de ses résultats grandioses. Il sied donc aux serviteurs croyants d’Allah de multiplier l’évocation d’Allah afin de recueillir ces récompenses immenses, ces grâces éminentes et ces fruits bénis, d’autant plus que nous vivons ce mois noble et cette saison grandiose : le mois de l’évocation et du Coran, la saison de l’obéissance et de la bienfaisance. Nous demandons à Allah le Généreux d’illuminer nos cœurs par Son évocation, d’employer nos moments dans Son obéissance, et de garder nos langues constamment humides de Son évocation, de Son remerciement et de Son adoration parfaite.
Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq
Rapporté par l’Imam Ahmad dans le Musnad (15553) et Al Tabarani dans Al Du’a (1887), dont c’est la formulation. ↩︎
Al Wabil Al Sayyib d’Ibn Al Qayyim (p. 152, cinquante-sixième bienfait de l’évocation). ↩︎
Rapporté par Al Tirmidhi (2863) qui l’a qualifié de « bon et authentique ». ↩︎
Majmu’ Al Fatawa de Cheikh Al Islam Ibn Taymiyya (10/85). Ibn Al Qayyim l’a cité dans Al Wabil Al Sayyib (p. 85). ↩︎
Sahih Al Bukhari (7405) et Muslim (2675). ↩︎
Musnad de l’Imam Ahmad (21978). ↩︎
Sahih Al Bukhari (3293) et Muslim (2691). ↩︎
Rapporté par Al Tirmidhi (3462). ↩︎
[NDT] D’après Ibn ‘Abbas, qu’Allah les agrée tous deux, le Prophète ﷺ disait : « Ô Allah, place dans mon cœur une lumière, dans ma langue une lumière, dans ma vue une lumière, dans mon ouïe une lumière, à ma droite une lumière, à ma gauche une lumière, au-dessus de moi une lumière, au-dessous de moi une lumière, devant moi une lumière, derrière moi une lumière, et accorde-moi une lumière. » Al Bukhari (6316) et Muslim (763). Dans une version de Muslim, il le disait dans sa prière ou en prosternation. Dans une autre, il le disait en sortant vers la prière. Il est aussi rapporté avec les ajouts : « place dans mon âme une lumière, et augmente-moi en lumière » et « fais de moi une lumière. » Muslim (763). ↩︎
Rapporté par Al Bayhaqi dans Al Sunan Al Kubra (16499). ↩︎
Rapporté par Al Bayhaqi dans Shu’ab Al Iman (717). ↩︎
Unanimement reconnu authentique. Al Bukhari (843) et Muslim (595), dont c’est la formulation. ↩︎
Sunan Al Tirmidhi (3375). ↩︎
