Les caractéristiques des cœurs
Ibn Majah rapporte, d’après Al-Nawwas ibn Sam’an, qu’Allah l’agrée :
J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : « Il n’est point de cœur qui ne se trouve entre deux doigts parmi les doigts du Tout-Miséricordieux. S’Il le veut, Il l’affermit dans la rectitude, et s’Il le veut, Il l’égare. » Le Messager d’Allah ﷺ ajoutait également : « Ô Toi qui raffermis les cœurs, affermis nos cœurs sur Ta religion. » 1
L’Imam Ahmad rapporte d’après Umm Salama, qu’Allah l’agrée :
Le Messager d’Allah ﷺ répétait fréquemment cette invocation : « Ô Toi qui retournes les cœurs, raffermis mon cœur sur Ta religion. » Je l’interrogeai alors : « Ô Messager d’Allah, les cœurs peuvent-ils donc vaciller ? » Il répondit : « Assurément. Il n’est aucune créature parmi les fils d’Adam dont le cœur ne soit entre deux Doigts parmi les Doigts d’Allah. S’Il le veut, Il le maintient sur la voie de la droiture, et s’Il le veut, Il l’égare. » Nous implorons donc Allah, notre Seigneur, de ne point laisser nos cœurs s’égarer après nous avoir guidés, et de nous octroyer Sa miséricorde, car Il est, certes, le Grand Donateur. 2
Il est primordial pour le musulman, tout en persévérant dans cette invocation, de connaître la nature et les états des cœurs égarés. Cela lui permet de mesurer la valeur de la rectitude et de la protection dont il jouit, ainsi que l’étendue des maux et des altérations dont Allah l’a prémuni. Il louera alors Allah pour ce salut et Le priera sans relâche de préserver son cœur, de le protéger de l’égarement et de la déviation, surtout parce que le cœur est prompt à se détourner. D’après Miqdad ibn Al-Aswad, qu’Allah l’agrée :
J’ai entendu le Messager d’Allah dire : « Le cœur des fils d’Adam est plus changeant qu’une marmite en pleine ébullition. » 3
D’après Abu Musa Al-Ash’ari, qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ a dit :
En vérité, le cœur est comme une plume dans une vaste étendue, que le vent emporte d’un côté à l’autre. 4
Cette instabilité s’explique notamment par l’influence des Fitan (épreuves) sur les cœurs.
Allah a décrit dans Son Livre les caractéristiques des cœurs malades et éprouvés, afin de nous enjoindre à la vigilance et de nous mettre en garde contre cet état. 5
Au nombre de ces attributs figurent :
- L’aveuglement. Allah a dit (dans le sens rapproché) :
En vérité, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce sont les cœurs dans les poitrines qui s’aveuglent. [Sourate 22, v.46]
Cette cécité constitue la forme la plus absolue de l’aveuglement, ainsi que sa source première. Il s’agit d’une infirmité funeste en matière de religion, car elle occulte la vérité et empêche d’en percevoir l’évidente clarté, tout comme l’aveugle ne peut distinguer les formes visibles. Il ne s’agit nullement ici de nier la cécité physique 6, puisque Allah a dit :
Il n’y a aucune restriction pour les aveugles. [Sourate 24, v.61]
Et Il a également dit :
Il fronça les sourcils et se détourna, car l’aveugle vint à lui. [Sourate 80, v.1-2]
Le sens profond de ce verset est que la véritable cécité est celle du cœur (celle qui entrave la reconnaissance de la guidance) au point que la cécité physique paraît dérisoire en comparaison. Ainsi, elle est parfois niée en raison de son imperfection et de sa faiblesse, à l’instar de ce que l’on trouve dans certaines paroles prophétiques :
- « Al-Riba est uniquement dans le crédit. » 7
- « L’eau est uniquement pour l’eau. » 8
- « La richesse n’est pas dans l’abondance des biens, mais dans la richesse de l’âme. » 9
- « Le pauvre n’est pas celui qui se contente d’une bouchée ou deux de nourriture, d’une datte ou deux. Le véritable pauvre est celui qui ne possède pas de quoi subvenir à ses besoins, et dont les gens ignorent la situation, si bien qu’ils ne lui donnent pas l’aumône. » 10
- « L’homme fort n’est pas celui qui terrasse les gens, mais celui qui se maîtrise dans la colère. » 11
Loin de nier la réalité de ces termes, le sens de ces expressions désigne plutôt ceux qui en sont les plus dignes. Ainsi, dans le verset : « En vérité, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce sont les cœurs dans les poitrines qui s’aveuglent », l’aveuglement véritable est celui du cœur, celui qui prive l’homme de la lumière de la foi et de la clairvoyance spirituelle.
- Parmi ses attributs figure ce qui est mentionné dans la Parole d’Allah :
Ou y a-t-il des cadenas sur les cœurs ? [Sourate 47, v.24]
Leur cœur est cadenassé et voilé, de sorte que les sens du Coran ne les atteignent pas 12. Ils sont scellés sur le mal qu’ils renferment, si bien qu’aucun bien ne peut y pénétrer. Le cœur est alors semblable à une porte close par un verrou, empêchant quiconque d’accéder à ce qu’il y a derrière. Il en est de même pour le cœur : la foi ne saurait y entrer tant que ce verrou n’est pas ouvert.
- Parmi ses attributs également : la fermeture et le scellement.
Allah a dit :
Allah a fermé leur cœur. [Sourate 2, v.7]
Allah a scellé leur cœur. [Sourate 16, v.108]
La fermeture et le scellement consistent à recouvrir une chose de manière à empêcher toute intrusion. Si ces deux termes sont sémantiquement proches, le scellement se distingue en ce qu’il désigne une fermeture devenue nature et disposition (un état durable dont l’homme ne peut plus se défaire). 13
- Parmi ses caractéristiques figure également ce qui a été évoqué dans la parole d’Allah ﷾ :
Mais Nous avons jeté des voiles sur leur cœur, de sorte qu’ils ne comprennent pas, et une surdité dans leurs oreilles. Quand bien même ils verraient tous les signes, ils n’y croiraient pas. [Sourate 6, v.25]
Et Nous avons mis des voiles sur leur cœur pour qu’ils ne le comprennent pas, et dans leurs oreilles une surdité. Et quand vous évoquez dans le Coran votre Seigneur, l’Unique, ils tournent le dos et fuient, par aversion. [Sourate 17, v.46]
Nous entourons leur cœur de voiles qui les empêchent de comprendre [le Coran], et les rendons sourds [à la vérité], si bien que tu auras beau les appeler à la droiture, ils ne seront jamais guidés. [Sourate 18, v.57]
C’est le pluriel de « كِنَان » (kinān), semblable à « عِنَان » (ʿinān) et « أَعِنَة » (aʿinna), dont l’étymologie renvoie aux idées de voile et de recouvrement. Ils en attestèrent d’ailleurs contre eux-mêmes en disant :
Ton message n’atteint pas nos cœurs enveloppés par des voiles, et nos oreilles y sont sourdes. Entre nous et toi se dresse un rideau. Agis donc à ta façon, et nous agirons à la nôtre. [Sourate 41, v.5]
Ils mentionnèrent ainsi trois types d’occultation :
- celle du cœur, par les voiles ;
- celle des oreilles, par la surdité ;
- celle des yeux, par le rideau.
C’est comme s’ils disaient : « Nous ne saisissons pas ta parole, nous ne l’entendons pas, et nous ne te voyons pas. » Ou encore : « Je ne te considère que comme celui dont on ne comprend point les paroles et que l’on ne voit point. »
Ibn ‘Abbas, qu’Allah l’agrée, a dit : « Nos cœurs sont couverts de voiles, tel un carquois protégeant ses flèches. » 14 Mujahid, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Comme l’étui des flèches. » 15 Muqâtil, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Ils [nos cœurs] sont couverts, et nous ne comprenons donc pas ce que tu dis. » 16
- Parmi ses caractéristiques figure ce qui est mentionné dans la parole d’Allah ﷾ :
Et ce jour-là, Nous ferons apparaître aux mécréants l’Enfer, bien visible. À ceux dont les yeux étaient sous un voile occultant Mon Rappel, et qui ne pouvaient supporter de l’entendre. [Sourate 18, v.100-101]
Ce verset revêt une double signification :
- Leurs yeux étaient voilés aux implications du Rappel, notamment les signes d’Allah, les preuves de Son Tawhid et les merveilles attestant de Sa Toute-Puissance.
- Leur cœur était voilé à la compréhension du Coran et à sa méditation, les empêchant de le prendre pour guide.
C’est précisément ce voilement du cœur qui précède celui de la vue.
- Au nombre des attributs du cœur figure également ce qui est évoqué dans la parole d’Allah ﷾ :
Et ils disent : « Nos cœurs sont enveloppés ». Allah les a plutôt maudits à cause de leur mécréance, tant ils croient peu. [Sourate 2, v.88]
[Nous les avons maudits] en raison de leur rupture du pacte, de leur rejet des signes d’Allah, de leur meurtre injustifié des Prophètes, et de leur déclaration : « Nos cœurs sont enveloppés ». Allah a plutôt scellé leur cœur en raison de leur mécréance, de sorte qu’ils ne croient qu’un peu. [Sourate 4, v.155]
Ces paroles signifient : « Nous ne saisissons ni ne comprenons tes propos. » Ibn ‘Abbas, qu’Allah l’agrée, ainsi que Qatadah et Mujahid, qu’Allah leur fasse miséricorde, ont précisé : « Nos cœurs sont recouverts de voiles et enfermés dans des récipients ; ils ne saisissent pas tes paroles ni ne les comprennent. » 17 Ils ont ainsi prétendu que leur cœur fut créé dans des récipients hermétiques, s’estimant donc excusés de ne pas croire. Allah les a démentis en déclarant : « Allah a plutôt scellé leur cœur en raison de leur mécréance. » Et dans l’autre verset : « Allah les a plutôt maudits à cause de leur mécréance. »
Allah a ainsi montré que le scellement des cœurs, ainsi que la privation de Sa grâce et de Sa guidée, résultent exclusivement de la mécréance qu’ils ont eux-mêmes choisie, la préférant à la foi. C’est en juste rétribution de leurs actes qu’Allah a scellé leur cœur et les a maudits. En d’autres termes : Nous n’avons pas créé vos cœurs voilés au point de vous rendre incapables de saisir ou de comprendre, tout en vous ordonnant une foi qui vous serait inaccessible. Au contraire, ce sont leurs propres agissements qui ont provoqué ce marquage et la fermeture de leur cœur. 18
- Parmi ces obstacles figure le voile. Celui-ci est évoqué dans la parole d’Allah ﷾ [rapportant leurs propres propos] :
Entre nous et toi se dresse un rideau. [Sourate 41, v.5]
Et dans Sa parole :
Quand tu récites le Coran, Nous mettons entre toi et ceux qui ne croient pas à l’au-delà un voile invisible. [Sourate 17, v.45]
Allah interpose ainsi un écran entre eux et la récitation du Coran, ce qui les empêche de le comprendre, de le méditer et d’y adhérer. Ce sens est explicité dans Sa parole :
Certains d’entre eux viennent t’écouter, alors que Nous avons placé des voiles sur leur cœur, les empêchant de comprendre (le Coran), et que leurs oreilles sont lourdes. [Sourate 6, v.25]
Ces trois entraves sont réunies dans Sa parole :
Ton message n’atteint pas nos cœurs enveloppés par des voiles, et nos oreilles y sont sourdes. Entre nous et toi se dresse un rideau. [Sourate 41, v.5]
Allah a indiqué que cette conséquence émane de Lui 19 : le rideau empêche de discerner la vérité, les voiles font obstacle à sa compréhension et la surdité rend toute écoute impossible. 20
- Parmi elles : Al-Rân, tel qu’évoqué dans la parole d’Allah ﷾ :
Non ! Mais sur leur cœur se trouve le Rân (un voile de péchés et de mauvaises actions) qu’ils avaient accumulé. [Sourate 83, v.14]
Ce voile a recouvert leur cœur en raison de la profusion de leurs péchés et de leurs désobéissances, jusqu’à les cerner entièrement. Il compte parmi les voiles les plus épais et les plus opaques qui puissent affecter le cœur.
Mujâhid, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « C’est le péché qui s’ajoute au péché jusqu’à cerner le cœur et l’envelopper ; c’est ainsi que le cœur meurt. » Muqâtil, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Leurs mauvaises actions ont submergé leur cœur. »
Dans les Sunan d’Al Nasa’i et d’Al Tirmidhi, Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, rapporte que le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Lorsqu’un serviteur commet une faute, une tache noire se dépose sur son cœur. S’il cesse, implore le pardon et se repent, son cœur est alors poli. Mais s’il persiste, la noirceur s’accumule jusqu’à recouvrir tout son cœur. C’est le Rân dont Allah a dit : "Non ! Mais sur leur cœur se trouve le Rân qu’ils avaient accumulé". »
Al Tirmidhi a qualifié ce hadith d’authentique.
‘Abd Allah ibn Mas’ud, qu’Allah l’agrée, a dit : « À chaque péché, un point noir est inscrit sur son cœur, jusqu’à ce qu’il soit entièrement noirci. »
Allah ﷾ a ainsi révélé que les péchés qu’ils ont commis ont été la cause de ce Rân sur leur cœur.
- Parmi elles : la surdité et l’alourdissement de l’ouïe, comme dans Sa parole, Exalté soit-Il :
Sourds, muets et aveugles. [Sourate 2, v.18]
Ce sont ceux-là qu’Allah a maudits, a rendus sourds et aveugles. [Sourate 47, v.23]
Et certes, Nous avons destiné pour l’enfer un grand nombre de djinns et d’humains. Ils ont des cœurs avec lesquels ils ne comprennent pas, des yeux avec lesquels ils ne voient pas, et des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas. Ils sont comme du bétail, mais encore plus égarés. Ceux-là sont les insouciants. [Sourate 7, v.179]
Quant à ceux qui ne croient pas, il y a une lourdeur (surdité) dans leurs oreilles, et ils restent aveugles face au Coran ; ils sont appelés depuis un lieu lointain. [Sourate 41, v.44]
Ibn ‘Abbas, qu’Allah les agrée tous deux, a dit : « Leurs oreilles sont sourdes à l’écoute du Coran, et ils restent aveugles face à lui. Allah a aveuglé leur cœur, si bien qu’ils ne comprennent pas. Ils sont appelés depuis un lieu lointain, comme le bétail qui ne comprend que l’appel et le cri. » Mujahid a ajouté : « Loin de leur cœur », signifiant qu’ils n’écoutent ni ne comprennent, à l’instar de celui qu’on interpelle de très loin : il ne peut ni entendre distinctement, ni saisir le sens du message. 21
- Parmi ses conséquences figure également la mutité. Allah ﷾ a dit :
Sourds, muets [Bukmun]… [Sourate 2, v.18]
Al-Bukm est le pluriel d’Abkam, terme désignant celui qui est incapable de parler. La mutité revêt deux formes : celle du cœur et celle de la langue ; de même que la parole procède du cœur ou de la langue. La plus grave des deux est la mutité du cœur, tout comme sa cécité et sa surdité s’avèrent bien plus profondes que celles des sens physiques. C’est pourquoi Allah ﷾, les a décrits comme étant incapables de saisir la vérité par le cœur ou de la proclamer par la langue.
Le savoir parvient au serviteur par trois portes : son ouïe, sa vue et son cœur. Or, ces trois portes leur ont été fermées : l’ouïe s’est corrompue par la surdité, la vue par la cécité, et le cœur par la mutité. Cela rejoint la parole d’Allah ﷾ : « Ils ont des cœurs, mais ne comprennent pas. Ils ont des yeux, mais ne voient pas. Ils ont des oreilles, mais n’entendent pas. » [Sourate 7, v.179]. Il ﷾ a réuni ces trois facultés dans Sa parole : « Et Nous les avons dotés de l’ouïe, de la vue et de cœurs, mais ni leur ouïe, ni leurs yeux, ni leur cœur ne leur ont profité en quoi que ce soit, parce qu’ils niaient les signes d’Allah. » [Sourate 46, v.26]. Ainsi, lorsqu’Allah veut guider un serviteur, Il lui ouvre le cœur, l’ouïe et la vue. Mais s’Il veut son égarement, Il le rend sourd, aveugle et muet.
- Parmi ces caractéristiques figure l’enveloppement [Al-Ghishawa].
Il s’agit du voile posé sur l’œil, comme l’a dit Allah ﷾ :
Nous avons mis un voile sur sa vue. [Sourate 45, v.23]
Ce voile oculaire émane en réalité de celui qui recouvre le cœur, car le bien ou le mal que recèle le cœur se manifeste inévitablement dans le regard. L’œil est ainsi le miroir du cœur, laissant transparaître tout ce qu’il renferme.
- Une autre de leurs caractéristiques est le détournement du chemin, de sorte qu’on ne puisse l’apercevoir. Allah ﷾ a dit :
C’est ainsi que la mauvaise action de Pharaon lui a été embellie et qu’il a été détourné du chemin. [Sourate 40, v.37]
Autrement dit : il fut détourné de la vérité et de la guidée à cause du faux qui lui a été enjolivé.
- On compte aussi parmi elles l’endurcissement du cœur, tel qu’évoqué dans la parole d’Allah ﷾, Exalté soit-Il :
Et Mussa dit : « Ô notre Seigneur, Tu as accordé à Pharaon et à ses notables des parures et des richesses dans la vie présente pour que, ô notre Seigneur, ils égarent les gens de Ton chemin. Ô notre Seigneur, anéantis leurs richesses et endurcis leur cœur, afin qu’ils ne croient pas jusqu’à ce qu’ils voient le châtiment douloureux ». Il dit : « Votre prière est exaucée. Restez tous deux sur le droit chemin ». [Sourate 10, v.88-89]
Cet endurcissement est une entrave et un empêchement. C’est pourquoi Ibn Abbas, qu’Allah l’agrée, a dit : « Il veut dire : prive-les », le sens étant : endurcis leur cœur et scelle-les afin qu’ils ne s’adoucissent point et ne s’ouvrent point à la foi. 22
- Figure également le détournement, comme l’a dit Allah ﷾ :
Et quand une sourate est descendue, ils se regardent les uns les autres (en disant) : « Quelqu’un vous voit-il ? » Puis ils se détournent. Allah a détourné leur cœur parce qu’ils sont un peuple qui ne comprend rien. [Sourate 9, v.127]
Allah ﷾ nous informe ici de leur acte (le détournement) et de Sa sentence à leur égard : le détournement de leur cœur du Coran et de sa méditation. En effet, ils n’en sont pas dignes, le réceptacle n’étant ni apte ni réceptif. L’intégrité du cœur repose sur deux piliers : la qualité de la compréhension et la noblesse de l’intention. Or, leur cœur ne saisit rien et leurs intentions sont corrompues.
- On trouve aussi leur déviation de la vérité, comme l’a dit Allah ﷾ :
Puis, quand ils dévièrent, Allah fit dévier leur cœur. [Sourate 61, v.5]
À l’inverse, Il mentionne que Ses serviteurs croyants L’implorent en ces termes :
Seigneur ! Ne fais pas dévier nos cœurs après que Tu nous as guidés. [Sourate 3, v.8]
L’étymologie du mot Zaygh (déviance) désigne l’inclinaison. On dit ainsi : « le soleil a dévié (zaaghat) » lorsqu’il amorce son déclin. L’égarement du cœur consiste donc à le faire dévier ; sa déviance est son inclinaison hors de la guidance vers l’égarement.
Enfin, parmi ces caractéristiques, se trouve la mort des cœurs, conformément à la parole d’Allah ﷾ :
Certes, tu ne fais pas entendre les morts. [Sourate 27, v.80]
Ou encore :
Est-ce que celui qui était mort et que Nous avons ramené à la vie, et à qui Nous avons assigné une lumière grâce à laquelle il marche parmi les gens, est semblable à celui qui est dans les ténèbres d’où il ne sortira pas ? [Sourate 6, v.122]
Citons également :
Pour qu’il avertisse celui qui est vivant. [Sourate 36, v.70]
Et :
Tu ne peux faire entendre ceux qui sont dans les tombes. [Sourate 35, v.22]
Le mécréant est ainsi décrit comme un être mort, semblable aux habitants des tombes. En effet, le cœur vivant est celui qui reconnaît la vérité, l’accepte, l’aime et l’élit par-dessus tout. Si le cœur meurt, il perd toute sensibilité, tout discernement entre le vrai et le faux, ainsi que toute aspiration vers la vérité ou aversion pour le faux ; il devient alors tel un corps sans vie. 23
Nous demandons à Allah le pardon, la protection et une préservation durable ici-bas et dans l’au-delà.
Traduction: Azwaw Abou ‘Abd Al Razzaq
Rapporté par Ibn Majah (199) et authentifié par Al Albani.
Cheikh ‘Abd Al Muhsin Al ‘Abbad, qu’Allah le préserve, a dit dans son explication des Sunan d’Ibn Majah :
« Ce hadith affirme l’attribut des Doigts d’Allah ﷿, et ils sont, à l’instar des autres attributs, affirmés d’une manière qui sied à Allah ﷾, sans chercher à définir le comment (Takyif), ni à la ressemblance (Tamthil), de même que sans altération (Tahrif), ni négation (Ta’til), ni interprétation allégorique (Ta’wil). Au contraire, tous Ses attributs relèvent de la même approche : ils sont affirmés d’une manière qui sied à Allah ﷿, conformément à Sa parole :
« Rien ne Lui ressemble, et c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant. » [Sourate 42, v.11]
Ainsi, ce qui est dit d’un de Ses attributs s’applique à tous les autres. C’est-à-dire : ils sont tous affirmés selon ce qui sied à Allah, tout en exemptant Allah ﷿, de toute ressemblance avec Ses créatures.
Le Messager d’Allah ﷺ disait dans son invocation : « Ô Toi qui affermis les cœurs, affermis nos cœurs sur Ta religion. » Car les cœurs sont entre deux doigts parmi les Doigts du Tout-Miséricordieux, Il les retourne comme Il le veut.
Et il demandait à Allah ﷿ l’affermissement des cœurs sur Sa religion.
S’Il le veut, Il maintient le cœur droit, le plaçant avec rectitude sur la voie, empli de la crainte d’Allah ﷿.
Et s’Il le veut, Il le fait dévier, l’écartant de la vérité. Tel est le sens de l’égarement des cœurs : leur inclinaison et leur détournement de la rectitude, ainsi que l’a dit Allah ﷿ :
« Puis, quand ils dévièrent, Allah fit dévier leur cœur. » [Sourate 61, v.5]
Lorsqu’ils dévièrent, ils furent châtiés par une déviation accrue en plus de la première.
Car le péché appelle le péché, tout comme la bonne action appelle la bonne action. Parmi les récompenses de la bonne action figure la bonne action qui la suit, et parmi les châtiments du péché figure l’épreuve d’un péché ultérieur. S’Il le veut, Il le maintient droit, et s’Il le veut, Il le fait dévier. S’Il le veut, Il le maintient droit de sorte qu’il soit ferme dans l’obéissance à Allah et dans ce qu’Allah a légiféré. Ou bien Il le fait dévier de la vérité et de la guidance, l’inclinant vers les autres sentiers qui s’écartent du chemin droit, comme l’a dit Allah ﷿ :
« Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc, et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie. » [Sourate 6, v.153]
Car la constance sur le droit chemin constitue la rectitude, et c’est là la rectitude du cœur. Quant au fait de s’écarter de ce chemin pour emprunter les autres sentiers latéraux, situés à sa droite et à sa gauche, et vers lesquels appellent les gens de l’égarement, quiconque les emprunte s’égare et dévie. Il s’agit du détournement de la voie de la guidance vers ces chemins tortueux et ces sentiers qui s’écartent du droit chemin. »
Le Cheikh, qu’Allah le préserve, ajoute également, comme clarification à une ambiguité que certains utilisent pour nier la réalité de cet attribut d’essence :
« Et le fait de dire que les cœurs sont entre ces deux Doigts parmi les Doigts du Tout-Miséricordieux ne signifie pas qu’il y ait contact entre les cœurs et les Doigts. En effet, Allah ﷿ tient toute chose dans Sa Main, et toute chose relève de Sa volonté et de Son vouloir.
Or il est connu qu’Allah ﷿ a dit :
« …et les nuages assujettis entre le ciel et la terre » [Sourate 2, v.164]
Or les nuages ne touchent ni le ciel, ni la terre.
Ainsi, le fait d’être « entre » n’implique pas nécessairement qu’il y ait contact, ni qu’il y ait mélange. » ↩︎
Rapporté par Ahmad (26576) et authentifié par Al Albani dans Al Silsilah Al Sahiha (2091).
[C] Ce sujet, qui concerne les caractéristiques des cœurs, est extrêmement important pour le musulman, lequel se doit de les connaître à la lumière de la Révélation : le Coran et la Sunnah. Lorsque tu lis le Livre d’Allah, tu remarques de nombreuses caractéristiques du cœur.
Par exemple, nous avons vu la parole d’Allah :
« Le jour où ni les biens ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf pour celui qui viendra à Allah avec un cœur sain. » [Sourate 26, v.88-89]
La pureté est l’une de ses caractéristiques essentielles : qu’il soit pur de tout Shirk et de tout ce qui est cause de la colère d’Allah. Le Coran évoque les attributs du cœur, qu’ils soient élogieux ou blâmables. Il est demandé au musulman de connaître les attributs qui ont été condamnés afin de s’en prémunir, et c’est par cette préservation que se réalise la pureté du cœur.
Il est rapporté dans plus d’un hadith que les cœurs sont entre deux doigts parmi les doigts du Tout-Miséricordieux. S’Il le veut, Il les raffermit dans la droiture, et s’Il le veut, Il les égare.
Ainsi, les cœurs se divisent en deux catégories : des cœurs fermes dans l’obéissance et l’adoration, qui s’orientent vers ce qu’Allah agrée ; et des cœurs, qu’Allah nous en préserve tous, égarés du droit chemin.
Le Prophète ﷺ invoquait Allah en disant : « Ô Toi qui raffermis les cœurs, raffermis mon cœur sur Ta religion. »
Dans le hadith rapporté par Umm Salama, qu’Allah l’agrée, il a également dit : « Nous demandons donc à Allah, notre Seigneur, qu’Il ne détourne pas nos cœurs après les avoir guidés et qu’Il nous accorde Sa miséricorde, car c’est Lui, certes, le Grand Donateur. »
Cette invocation est mentionnée dans le Coran, au début de la sourate Âl ‘Imrân :
« Notre Seigneur, ne laisse pas dévier nos cœurs après que Tu nous as guidés et accorde-nous Ta miséricorde. C’est Toi, certes, le Grand Donateur. » [Sourate 3, v.8]
[NDT] Le cœur est de nature changeante, c’est l’origine même du nom cœur (القلب) qui provient de la changeabilité (التقلب). C’est ainsi qu’il fut dit :
ما سَمَّى القَلْبَ إلَّا مِنْ تَقَلُّبِهِ · فَاحْذَرْ عَلَى القَلْبِ مِنْ قَلْبٍ وَتَحْوِيلِ
« Le cœur n’a été ainsi nommé qu’en raison de son inconstance, alors garde ton cœur des retournements et des revirements. »
La création des cieux et de la terre ne peut tenir que par Allah :
« Certes, Allah retient les cieux et la terre de sorte qu’ils ne s’effondrent pas. » [Sourate 35, v.41]
Cette création, qui est encore plus grandiose que la nôtre, ne peut être stable sans Allah, alors que dire de nos faibles cœurs :
« La création des cieux et de la terre est assurément plus grandiose que la création des hommes, mais la plupart des gens ne le savent pas. » [Sourate 40, v.57]
Si Allah a dit concernant le meilleur des messagers :
« Et si Nous ne t’avions pas affermi, tu aurais failli pencher vers eux quelque peu. » [Sourate 17, v.74]
Alors que dire de notre besoin d’Allah pour ce raffermissement des cœurs sur la vérité.
Si le Prophète ﷺ craignait pour ses nobles Compagnons, ceux qui ont atteint les plus hauts degrés de la foi, alors que dire de ceux qui les ont suivis. D’après Anas ibn Malik, qu’Allah l’agrée, le Messager d’Allah ﷺ répétait souvent cette invocation : « Ô Toi qui retournes les cœurs, affermis mon cœur dans Ta religion ! » Je lui dis alors : « Ô Prophète d’Allah, nous avons cru en toi et en ce que tu as apporté, crains-tu donc pour nous ? » Le Messager d’Allah ﷺ répondit : « Oui, car les cœurs sont entre deux doigts parmi les doigts d’Allah. Il les retourne comme Il veut. » [Rapporté par Al Tirmidhi (2140) et jugé bon par Al Albani, Hidayat Al Ruwat (98)]
Al Qurtubi, qu’Allah lui fasse miséricorde, après avoir cité le hadith de ‘Aisha, qu’Allah l’agrée, qui évoque cette réalité des cœurs qui sont entre deux doigts d’Allah, dit :
« Et puisque la guidée relève d’Allah seul, que la droiture est suspendue à Sa volonté, que l’issue finale demeure voilée et que le décret divin est irrésistible, alors ne t’enorgueillis pas de ta foi, de tes œuvres, de ta prière, de ton jeûne ni de l’ensemble de tes actes de dévotion. Car tout cela, bien qu’il relève de ton acquisition, n’en est pas moins la création de ton Seigneur, Sa faveur répandue sur toi et Son bienfait. Ainsi, chaque fois que tu t’en glorifies, tu ressembles à celui qui se vante d’un bien appartenant à autrui. Et peut-être te le retirera-t-Il, de sorte que ton cœur se retrouvera plus vide de tout bien que le ventre d’un chameau creux. Combien de jardins dont les fleurs étaient, le soir venu, fraîches et luxuriantes, se sont réveillés au matin avec des fleurs desséchées et brisées, ou sur lesquels a soufflé le vent stérile. Il en va de même du serviteur : il passe la nuit le cœur illuminé et sain par l’obéissance à Allah, puis se réveille le matin le cœur assombri et malade par la désobéissance. Telle est l’œuvre du Tout-Puissant, du Sage, du Créateur, de l’Omniscient. » [Kitab al-Tadhkira bi-ahwal al-mawta wa-umur al-akhira (1/197)]
J’ai questionné Cheikh ‘Abd Al Razzaq, qu’Allah le préserve, sur la sagesse d’avoir évoqué dans ces hadiths le nom d’Allah, Al Rahman (Le Tout-Miséricordieux) : « Est-ce qu’il y a en cela une indication que le musulman obéissant ne doit pas être trompé par sa personne, car sa guidée n’est que le fruit de la Miséricorde d’Allah ? Tandis que le désobéissant ne doit pas désespérer de la miséricorde d’Allah dans la réforme de son cœur ? Ainsi il reste constamment entre espoir et crainte dans toutes ces situations ? » Il a répondu que oui, il se peut que ces sens soient évoqués. « Y a-t-il également une réplique aux Jabriyya qui utilisent ce hadith pour justifier leur croyance corrompue, car le fait que le serviteur soit égaré sans aucune volonté de sa part s’oppose à la miséricorde d’Allah ? » « Oui, cela est aussi possible. » ↩︎
Rapporté par Ahmad (23816) et Al Hakim (3142), authentifié par Al Albani dans Al Silsilah Al Sahiha (1772). ↩︎
Rapporté par Ahmad (23816) et Al Hakim (3142), authentifié par Al Albani dans Al Silsilah Al Sahiha.
[C] Le cœur est à l’image d’une plume ballotée par le vent des passions. La guidée descendue d’Allah est la source de sa réforme, tandis que les passions sont la cause de sa déviation. Cette parabole est édifiante pour le croyant : elle l’incite à être particulièrement vigilant face aux passions, car elles sont néfastes pour son cœur et le désorientent. Il s’écarte alors de tout ce qui pourrait détourner et faire dévier son cœur.
[NDT] Dans d’autres versions du hadith, le terme « vents » est employé au pluriel, ce qui renforce encore l’image de fragilité : celle d’une feuille (du cœur) légère et vulnérable, livrée à des vents multiples, soufflant de directions opposées et de forces inégales. Tantôt portée, tantôt ballotée, elle ne dispose d’aucune prise stable et se trouve constamment exposée aux variations qui la dominent. ↩︎
Pour plus de détails, se référer à Shifa Al ‘Alil de Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, (1/299-331).
[C] Le Coran renferme de nombreux versets qui citent les caractéristiques des cœurs malades. Ibn Al Qayyim a longuement discuté de ce sujet dans son livre Shifa Al ‘Alil et sur lequel s’appuie la synthèse qui suit. ↩︎
[NDT] En réalité, cette cécité physique peut devenir une source de récompense pour le croyant touché par ce handicap. Il accepte le décret d’Allah sur lui avec reconnaissance et patience, aspirant, par cette soumission, à la récompense. Ici-bas, Allah lui allège cette perte en aiguisant ses autres sens, et dans l’au-delà, le Paradis, dont la plus infime place surpasse cette terre et tout ce qu’elle renferme. Que dire alors du bienfait suprême qui sera accordé à ses habitants : la vision d’Allah.
Al Bukhari rapporte dans son Sahih, dans le chapitre sur le mérite de celui qui a perdu la vue, selon Anas ibn Malik, qu’Allah l’agrée, que le Prophète ﷺ a dit :
« Allah a dit : "Si Je prive Mon serviteur de ses deux choses les plus chères (c’est-à-dire ses yeux) et qu’il reste patient, Je le laisserai entrer au Paradis en compensation de celles-ci." »
Ainsi, le véritable aveuglement n’est pas celui du corps, qui peut être une voie vers le Paradis, mais celui du cœur, qui refuse de voir la lumière de la Révélation et dont les ténèbres annoncent celles qui le cerneront dans l’au-delà. ↩︎
Rapporté par Muslim (1596). ↩︎
Rapporté par Muslim (343). ↩︎
Rapporté par Al Bukhari (6446) et Muslim (1051). ↩︎
Rapporté par Al Bukhari (1479) et Muslim (1039). ↩︎
Rapporté par Al Bukhari (6114) et Muslim (2609). ↩︎
[NDT] Il fait référence au début du verset : « Ne méditent-ils donc pas sur le Coran, ou y a-t-il sur des cœurs des cadenas ? ». C’est une réprobation et une mise en évidence de l’état de leur cœur, qui ne sont pas ouverts à la méditation des sens auxquels le Coran appelle. L’emploi de l’indéfini ("des cœurs"), vise soit à accentuer la gravité de leur état, soit à désigner les cœurs de certains d’entre eux. Il n’a pas été dit « leur cœur », car leur cœur lui-même ne leur a pas été bénéfique. En revanche, les « cadenas » leur ont été annexés, car ce qualificatif correspond à leur état constant d’incrédulité et d’obstination. ↩︎
[NDT] C’est la différence évoquée par Ibn Al Qayyim dans Shifa Al ‘Alil (1/304). Al Khatm désigne le recouvrement ou fermeture du cœur, tandis que Al Tab’ est un scellement enraciné dont l’effet est durable. Ainsi, Al Tab’ est plus grave que Al Khatm par son effet persistant. ↩︎
Tafsir Al Bassit (19/419) ↩︎
Rapporté par ‘Abd Al Razzaq dans son Tafsir (2688) ↩︎
Tafsir Al Bassit (19/419) ↩︎
Jami’ Al Bayan d’Al Tabary (2/228), Kashf Al Bayan d’Al Tha’labi (3/440) ↩︎
[NDT] Ce sujet est d’une grande importance, car il touche à la foi en Allah et à Son décret. De nombreuses personnes se sont égarées en niant la réalité de ces actions d’Allah, tandis que d’autres ont été saisies de doutes ou ont nourri de mauvaises opinions. Allah a expliqué à plusieurs reprises dans le Coran que les obstacles placés sur les cœurs, les oreilles et les yeux ne sont pas arbitraires, mais constituent une conséquence et un châtiment proportionné à leur choix volontaire de l’incrédulité et du rejet des messagers. Ainsi, le scellement, la fermeture, etc., du cœur sont la sanction de leur refus et de leur mépris antérieur de la vérité.
Ibn Al Qayyim a dit dans Madarij Al Salikin (1/66) : "Allah ﷾ a dit : « Il n’appartient pas à Allah d’égarer un peuple après qu’Il l’a guidé, jusqu’à ce qu’Il lui ait clairement exposé ce qu’il doit craindre » [Sourate 9, v.115]. Cet égarement est donc un châtiment de Sa part à leur égard : alors qu’Il leur avait apporté la clarté, ils n’acceptèrent pas ce qu’Il leur avait exposé et n’en firent rien, Il les a alors punis en les détournant de la guidée. Allah ﷾ n’a jamais égaré quiconque sans avoir préalablement reçu cette démonstration.
Si tu comprends cela, tu sauras le secret du décret, et de nombreux doutes et soupçons se dissiperont dans ce chapitre. Tu comprendras également la sagesse d’Allah dans l’égarement de ceux de Ses serviteurs qu’Il égare. Le Coran affirme cela à plusieurs reprises, telle Sa parole : « Et lorsqu’ils dévièrent, Allah fit dévier leur cœur » [Sourate 61, v.5], et Sa parole : « Et de leur déclaration : "Nos cœurs sont enveloppés". Allah a plutôt scellé leur cœur en raison de leur mécréance » [Sourate 4, v.155]. Le premier cas relève de la mécréance par entêtement, le second de la mécréance par scellement.
Et Sa parole : « Et Nous détournerons leur cœur et leurs yeux (de la guidée), car ils ont refusé d’y croire pour la première fois, et Nous les laisserons errer aveuglément dans leur transgression. » [Sourate 6, v.110]. Il les a donc punis pour avoir abandonné la foi en Lui après qu’elle leur fut apparue clairement et qu’ils en eurent la certitude, en détournant leur cœur et leurs regards, si bien qu’ils ne trouvèrent plus la guidée. Médite ce passage avec soin, car c’est un sujet d’une importance majeure." ↩︎
[C] Toute chose bien ou mauvaise présente dans le cœur ne peut provenir que d’Allah. C’est pourquoi la personne doit s’orienter, implorer Allah pour qu’Il place dans son cœur le bien et qu’Il repousse tout mal. Mutarif ibn ‘Abdillah ibn Shighir, qu’Allah lui fasse miséricorde, qui compte parmi les Tabi’in, a dit : « Si l’on sortait mon cœur et le plaçait dans ma main gauche, et que le bien dans son intégralité était placé dans ma main droite, je ne pourrais introduire quoi que ce soit dans mon cœur, si ce n’est qu’Allah l’y place. » [cf. Hilyat al-Awliya (2/201), Siyar A’lam Al Nubala (4/190)]
C’est le cas de la foi, l’obéissance et l’adoration :
« Mais Allah vous a fait aimer la foi et l’a embellie dans vos cœurs, et Il vous a fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance. Tels sont ceux qui sont bien guidés. » [Sourate 49, v.7]
« Ils te rappellent leur conversion à l’islam comme si c’était une faveur de leur part. Dis : “Ne me rappelez pas votre conversion à l’islam comme une faveur. C’est tout au contraire une faveur dont Allah vous a comblés en vous dirigeant vers la foi, si toutefois vous êtes véridiques.” » [Sourate 49, v.17]
« Et n’eussent été la grâce d’Allah envers vous et Sa miséricorde, nul d’entre vous n’aurait jamais été pur. Mais Allah purifie qui Il veut. Et Allah est Audient et Omniscient. » [Sourate 24, v.21]
[NDT] À Allah appartiennent les cieux et la terre et tout ce qu’il y a entre eux. Il est le Roi qui administre Son royaume comme Il le veut, avec sagesse, miséricorde et justice.
Sa souveraineté et Sa sagesse sont absolues :
« Et à Lui appartient la Majesté dans les cieux et sur la terre, et Il est le Tout-Puissant, le Sage. » [Sourate 45, v.37]
Sa miséricorde touche toute Sa création :
« Ma miséricorde englobe toute chose. » [Sourate 7, v.156]
Et Sa justice parfaite est établie :
« Quiconque fait une bonne œuvre, c’est pour son bien ; et quiconque fait le mal, il le fait à ses dépens. Ton Seigneur, cependant, n’est point injuste envers les serviteurs. » [Sourate 41, v.46]
Tout ce qui advient, qu’il soit favorable ou non, se réalise par Sa volonté. Si un bien nous atteint, c’est par Sa grâce ; et si un mal nous touche, c’est selon Sa justice.
Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit dans Zad al-Ma’ad (3/278), à propos de la parole d’Allah :
« Tout bien qui t’atteint vient d’Allah, et tout mal qui te frappe vient de toi-même. » [Sourate 4, v.79]
« Ici, les termes « bien » et « mal » désignent respectivement la grâce et l’adversité. La grâce émane d’Allah qui l’accorde par faveur, tandis que l’adversité prend sa source dans l’être du serviteur et dans ses œuvres. Le premier cas relève de Sa faveur, le second de Sa justice. Ainsi, le serviteur oscille entre Sa faveur et Sa justice : Sa grâce le touche et Son décret s’accomplit sur lui, tandis que Son jugement procède d’une justice parfaite.
Le premier verset se conclut par Sa parole : « Certes, Allah est Omnipotent. », après avoir dit : « Dis : cela vient de vos propres âmes. » [Sourate 3, v.165]
Allah les informe ainsi de l’universalité de Sa puissance conjointe à Sa justice, et qu’Il est à la fois Juste et Tout-Puissant. En cela s’établissent à la fois le Décret divin et les causes : Il mentionne la cause en l’attribuant aux âmes des hommes, et affirme l’omnipotence en se l’attribuant à Lui-même. Le premier aspect réfute la thèse du déterminisme absolu (Al Jabr), tandis que le second réfute la négation du décret. Cela s’accorde parfaitement avec Sa parole :
↩︎« À quiconque parmi vous veut se diriger vers la voie droite ; mais vous ne pouvez vouloir, à moins qu’Allah veuille, le Seigneur de l’Univers. » [Sourate 81, v.28-29]
[C] Le rideau (Al Hijab) est lié à la vue, les voiles (Al Akinah) au cœur et la surdité (Al Waqar) à l’ouïe. ↩︎
[NDT] Ils sont assimilés aux bestiaux en raison des similitudes qui les rapprochent d’eux dans l’assouvissement de leurs besoins corporels. Ils sont entièrement absorbés et préoccupés par cette vie éphémère, insouciants à la réalité de ce monde et celle de l’au-delà. Ils ignorent ainsi le sens de leur création, celle pour laquelle Allah a dit :
« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent. » [Sourate 51, v.56]
Les animaux connaissent la raison de leur création et œuvrent à sa réalisation. Il est rapporté du hadith d’Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Prophète ﷺ a dit :
« Tandis qu’un homme conduisait une vache, il monta sur son dos et la frappa. Elle dit alors : “Nous n’avons pas été créés pour cela, nous avons seulement été créés pour labourer.” » [Rapporté par Al Bukhari (3471)]
Les animaux cherchent ce qui leur est bénéfique et évitent ce qui leur est nuisible. Ainsi, lorsqu’ils vivent en groupe, ils suivent celui qui les guide, les oriente vers un chemin sûr et veille à leur subsistance et à leur protection. À cet égard, l’histoire de la fourmi à l’époque de Sulayman est éloquente : consciente du danger imminent, elle avertit les autres et les appela à se réfugier dans leurs demeures, afin de les préserver d’une destruction dans cette vie.
Quant à eux, malgré les facultés de raison et de discernement qui leur sont accordées, ils s’adonnent à ce qui leur est nuisible et délaissent, voire combattent, ce qui leur est profitable. Là où les fourmis écoutèrent l’avertissement et se hâtèrent vers la protection et le salut, eux le démentent et se précipitent vers la perdition de l’au-delà. Allah les appelle à se réfugier dans les demeures de la félicité éternelle, mais ils refusent cette protection, s’en détournent volontairement et préfèrent emprunter les voies de l’égarement, lesquelles mènent inévitablement à leur perte.
Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit dans Madarij Al Salikin (3/188-189) :
« Les cinq sens possèdent une forme et un esprit, et leur esprit constitue la part du cœur et sa véritable portion. Parmi les hommes, il en est dont le cœur n’en reçoit aucune part, si ce n’est celle qu’en reçoivent les bestiaux. Il se trouve ainsi à leur rang, et entre lui et elles ne subsiste que le premier degré de l’humanité. C’est pour cette raison qu’Allah les a comparés au bétail, allant même jusqu’à les déclarer plus égarés encore. Ainsi a-t-Il dit :
« Penses-tu que la plupart d’entre eux entendent ou raisonnent ? Ils ne sont que comme des bestiaux, voire plus égarés encore. » [Sourate 25, v.44]
C’est pourquoi Allah a nié aux mécréants l’ouïe, la vue et l’intelligence :
- soit parce qu’ils n’en tirent aucun profit, ces facultés étant alors ravalées au rang du néant ;
- soit parce que la négation porte sur l’ouïe, la vue et la perception de leur cœur.
Et cela leur apparaîtra clairement lorsque les réalités des choses se dévoileront, comme l’avoueront les gens de la Fournaise :
↩︎« Si nous avions écouté ou réfléchi, nous ne serions pas du nombre des gens de la Fournaise. » [Sourate 67, v.10]
Rapporté par Ibn Abi Hatim dans son exégèse, cité d’après l’exégèse d’Al Qurtubi (8/374). ↩︎
[C] Les cœurs sont morts sans la révélation qui leur donne vie. « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé une âme [le Coran] provenant de Notre ordre. Tu n’avais aucune connaissance du Livre ni de la foi mais Nous en avons fait une lumière par laquelle Nous guidons qui Nous voulons parmi Nos serviteurs. Et en vérité tu guides vers un chemin droit » [Sourate 42, v.52]. Allah a appelé Sa révélation « âme » (Ruh) ainsi que Djibril qui est descendu avec cette révélation car les cœurs ne prennent vie qu’avec elle : « Ô vous qui avez cru ! Répondez à Allah et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne [véritablement] vie » [Sourate 8, v.24]. Sans cette révélation, la vie est comparable à une vie animale, le cœur ne s’éveille que lorsqu’il s’imprègne de la révélation provenant d’Allah, Sa parole et celle de Son Messager.
Dans le Coran, une analogie est faite entre la vie des cœurs par la révélation et celle de la terre par la pluie. « Le moment n’est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leur cœur s’humilie à l’évocation d’Allah et devant ce qui est descendu de la vérité [le Coran] et de ne point être semblable à ceux qui ont reçu le Livre avant eux. Ceux-ci trouvèrent le temps trop long et leur cœur s’endurcit et beaucoup d’entre eux sont pervers. Sachez qu’Allah redonne la vie à la terre une fois morte » [Sourate 57, v.16-17].
Ainsi, la révélation descendue d’Allah, Seigneur des univers, constitue la vie des cœurs, leur source de piété et de purification. Ces cœurs ne peuvent vivre sans elle, tout comme la terre ne peut être fertile sans pluie. « Et parmi Ses signes, vous voyez la terre déserte et desséchée mais lorsque Nous lui faisons descendre de l’eau, elle reverdit et produit des végétations » [Sourate 41, v.39].
Le musulman en tire la leçon suivante : plus il se rapproche de la révélation, le Coran et la Sunnah, plus son cœur prend vie et se purifie. À l’inverse, plus il s’en éloigne, plus son cœur est frappé par les ténèbres et exposé à la perdition.
[NDT] Ibn Al Qayyim a dit dans I’lam Al Muwaqi’in (1/292) : « C’est Lui qui envoie les vents comme une annonce de Sa Miséricorde. Puis, lorsqu’ils transportent une nuée lourde, Nous la dirigeons vers un pays mort [de sécheresse], puis Nous en faisons descendre l’eau, ensuite Nous en faisons sortir toutes espèces de fruits. » [Sourate 7, v.57]
« Il existe des terres qui sont bonnes, lorsque Nous y faisons descendre l’eau, elles produisent leur végétation avec la permission de leur Seigneur. Et il en est d’autres qui sont mauvaises, qui ne produisent leur végétation qu’en très faible quantité, sans utilité réelle. Ainsi, même si l’eau y descend, elles ne produisent pas ce que la terre bonne a produit.
Allah ﷾, a comparé la Révélation qu’Il a faite descendre du ciel sur les cœurs à l’eau qu’Il fait descendre sur la terre, en raison de la vie qu’elles apportent. Il a comparé les cœurs à la terre, car ils sont le siège des œuvres tout comme la terre est le siège de la végétation. Le cœur qui ne tire aucun profit de la Révélation, qui ne s’y purifie pas et qui n’y croit pas, est comme la terre qui ne bénéficie pas de la pluie et n’en produit que très peu, sans utilité. En revanche, le cœur qui a cru en la Révélation, qui s’est purifié grâce à elle et a agi selon son contenu, est comme la terre qui fait germer sa végétation grâce à la pluie.
Ainsi, le croyant, lorsqu’il entend le Coran, le comprend et le médite, voit l’effet de cette Révélation se manifester en lui. Il est alors comparé à la terre fertile, verdoyante et féconde, sur laquelle la pluie agit avec bienfaisance, faisant germer toutes les espèces nobles. Quant à celui qui se détourne de la Révélation, il est l’exact contraire. Allah est Celui qui accorde la réussite. »
[NDT] La révélation donne vie à l’âme du corps, et illumine le cœur du croyant. Il discerne alors le vrai du faux, voit distinctement le monde dans lequel il est, le chemin qu’il doit emprunter, et la destination qui l’attend. Allah l’a fait sortir des ténèbres du shirk et de l’ignorance, vers la lumière du Tawhid et de la science :
« Allah est l’Allié (le Protecteur) de ceux qui ont cru. Il les fait sortir des ténèbres vers la lumière » [Sourate 2, v.257].
Son cœur et ses membres sont illuminés par Sa grâce, dans toutes les directions, il marche avec une lumière provenant d’Allah. Le Prophète ﷺ disait en sortant en direction de la mosquée et en prosternation : « Ô Allah, place une lumière dans mon cœur, une lumière dans mon ouïe, une lumière dans ma vue, une lumière à ma droite, une lumière à ma gauche, une lumière devant moi, une lumière derrière moi, une lumière au-dessus de moi, une lumière au-dessous de moi, et accorde-moi une lumière » [Rapporté par Al Bukhari (6316) et Muslim (763)]. Il commença par le cœur en raison de son importance, car il est la source d’où jaillit la lumière pure de la foi, et sur laquelle se rajoute la lumière du Coran. Lumière sur lumière qui s’étend sur l’ensemble des membres du corps pour se manifester dans les paroles et les actes du croyant :
« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est à l’image de la lumière émise par une chandelle placée dans une niche. La chandelle, à l’intérieur d’un cristal ayant l’éclat d’un astre lumineux, est alimentée par une huile tirée d’un arbre béni, un olivier ni d’Orient ni d’Occident (exposé au soleil matin et soir), une huile qui éclaire sans même entrer en contact avec le feu. Lumière sur Lumière. Allah guide vers Sa Lumière qui Il veut. Allah propose des paraboles aux hommes, et Allah est Omniscient. » [Sourate 24, v.35]
Par opposition, celui qui mécroit en Allah et s’écarte de Sa Lumière, son cœur mort reste dans les ténèbres de la mécréance et de l’ignorance. Il marche sans lumière pour l’orienter, sans modèle pour être guidé, ses pas sont désorientés et ses actions sont vaines :
« [Les actions des mécréants] sont encore semblables à des ténèbres sur une mer profonde : des vagues la recouvrent, [vagues] au-dessus desquelles s’élèvent [d’autres] vagues, sur lesquelles il y a [d’épais] nuages. Ténèbres [entassées] les unes au-dessus des autres. Quand quelqu’un étend la main, il ne la distingue presque pas. Et celui qu’Allah prive de lumière n’a aucune lumière. » [Sourate 24, v.40]
L’état du cœur de l’individu dans cette vie détermine son état dans l’au-delà. Les trois demeures sont étroitement liées.
Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit dans Zad Al Ma’ad (2/31) : « L’état du serviteur dans la tombe est semblable à l’état du cœur dans la poitrine : délices et tourment, emprisonnement et libération ».
Ainsi, le croyant dont le cœur était vivant et illuminé, et dont la poitrine était dilatée, goûtera dans sa tombe aux plaisirs, avec une tombe illuminée et élargie. Puis, lorsqu’il sera ressuscité, sa lumière resplendira aux yeux de tous, proportionnellement à l’intensité de la lumière que son cœur portait dans sa vie passée. Sa destination finale, par la miséricorde d’Allah, sera la demeure lumineuse du Paradis, où les vivants profiteront du plus grand bienfait : la vision d’Allah, Lui qui est Lumière, Beauté et Perfection.
À l’inverse, celui qui a mécru dans cette vie, dont le cœur était mort et plongé dans les ténèbres, et dont la poitrine était étroite et fermée, subira dans la tombe châtiments, oppression et obscurité. À la résurrection, il sera désemparé dans les ténèbres, et sa destination finale sera l’Enfer, dans l’obscurité, un lieu où il ne vivra ni ne mourra, à l’image de son existence sur terre. Il sera privé de la vision d’Allah, comme il fut privé de Sa Lumière sur terre, et rien ne lui sera plus douloureux que cette privation.
↩︎« Certes, les vertueux seront dans un délice, et certes, les pervers seront dans une fournaise. » [Sourate 82, v.13-14]
