Le jeûne compte parmi les plus nobles adorations et les plus éminentes obéissances. De nombreux textes en ont vanté les mérites et la grandeur.
Parmi les vertus du jeûne : Allah l’a prescrit à toutes les communautés et le leur a rendu obligatoire. Il a dit (dans le sens rapproché) : « Ô vous qui avez cru ! On vous a prescrit le jeûne comme on l’a prescrit à ceux qui vous ont précédé, ainsi atteindrez-vous la piété » [Sourate 2, v.183]. S’il ne s’agissait pas d’une adoration majeure, indispensable aux créatures en tant qu’acte de dévotion envers Allah, et eu égard à ce qu’elle recèle comme rétribution, Allah ne l’aurait pas rendu obligatoire pour toutes les communautés.
Le but recherché par le jeûne est la réalisation de la piété, qu’Allah a ordonnée et prescrite à toutes les communautés : « Nous avons enjoint à ceux à qui le Livre a été donné avant vous, ainsi qu’à vous-mêmes, la crainte pieuse d’Allah » [Sourate 4, v.131].
Parmi les mérites du jeûne, sa récompense n’est soumise à aucune limite chiffrée : le jeûneur reçoit sa rétribution sans compter. Al Bukhari et Muslim ont rapporté dans leurs recueils authentiques, d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Allah a dit : “Tout acte du fils d’Adam lui revient, sauf le jeûne. Il est certes à Moi et c’est Moi qui le rétribue. Le jeûne est un bouclier. Quand l’un de vous jeûne un jour, qu’il ne soit ni grossier ni querelleur. Si quelqu’un l’insulte ou l’attaque, qu’il dise : ‘Je jeûne’. Par Celui qui détient l’âme de Mohammed dans Sa Main, l’haleine du jeûneur est plus agréable auprès d’Allah que l’odeur du musc. Le jeûneur a deux joies : quand il rompt son jeûne, il se réjouit et quand il rencontre son Seigneur, il se réjouit de son jeûne” »1. Dans la version de Muslim : « Tout acte du fils d’Adam est multiplié. La bonne action vaut dix, à sept cents multiples. Allah, Exalté soit-Il, a dit : “sauf le jeûne. Il est certes à Moi et c’est Moi qui le rétribue. Il délaisse ses passions et sa nourriture pour Moi” »2. Ce remarquable hadith met en lumière le mérite du jeûne sous plusieurs aspects, que l’éminent Cheikh Mohammed ibn Salih Al ‘Uthaymin, qu’Allah lui fasse miséricorde, a détaillés :
Allah a distingué le jeûne parmi l’ensemble des actes en Se l’attribuant, en raison de la noblesse de cette adoration, de l’amour qu’Il lui porte et de la sincérité qui s’y manifeste. Il s’agit en effet d’un secret entre le serviteur et son Seigneur, que nul autre qu’Allah ne peut connaître. Le jeûneur peut se trouver en un lieu retiré, à portée de tout ce que le jeûne interdit, et pourtant s’en abstenir, sachant qu’il a un Seigneur qui l’observe jusque dans son intimité. Il se retient donc par crainte de Son châtiment et par espérance de Sa récompense. C’est pourquoi Allah le rétribue pour cette sincérité et S’est réservé le jeûne parmi ses autres actions. C’est ainsi qu’Il dit : « Il délaisse ses passions et sa nourriture pour Moi ». Cette distinction se manifestera au Jour de la Résurrection, comme l’a dit Sufyan ibn ‘Uyaynah, qu’Allah lui fasse miséricorde : « Le Jour de la Résurrection, Allah, Exalté soit-Il, jugera Son serviteur et le rétribuera de toutes les injustices qu’il a commises par l’ensemble de ses actions, en compensation envers ceux qu’il a lésés, jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus que le jeûne. Allah Se chargera alors de régler les injustices restantes et le fera entrer au Paradis grâce au jeûne »3.
Allah a dit à propos du jeûne : « et c’est Moi qui le rétribue ». Il a ainsi rattaché la récompense à Sa Personne Généreuse, car la rétribution des bonnes actions est multipliée : une bonne action vaut dix fois sa valeur, jusqu’à sept cents fois, voire davantage encore. Toutefois, s’agissant du jeûne, Allah en a rattaché la récompense à Lui-même, sans en fixer la mesure. Il est assurément le plus Généreux des généreux et le plus Bienfaisant des bienfaisants, et la récompense est à la hauteur de la générosité de celui qui l’octroie. Aussi la rétribution du jeûneur est-elle immense, sans borne aucune. En outre, le jeûne réunit toutes les formes de patience : la patience dans l’obéissance à Allah, la patience face à Ses interdits, et la patience devant les épreuves qu’Il a décrétées, telles que la faim, la soif et l’affaiblissement du corps et de l’âme. Les trois catégories de patience s’y trouvent ainsi rassemblées, et le jeûneur accède au rang des endurants. Allah a dit : « Les endurants seront récompensés sans compter » [Sourate 39, v.10].
Le jeûne est un bouclier, c’est-à-dire une barrière et un rempart qui préserve le jeûneur des propos futiles et des paroles grossières. C’est pourquoi il a été dit : « Et lorsque l’un de vous jeûne, qu’il ne tienne pas de propos obscènes et qu’il ne se querelle pas. » Le jeûne le protège également du Feu. L’Imam Ahmad, qu’Allah lui fasse miséricorde, a rapporté dans son Musnad, d’après Jabir ibn ‘Abd Allah, qu’Allah l’agrée, que le Prophète ﷺ a dit : « Le jeûne est une protection par laquelle le serviteur se préserve du Feu »4.
L’haleine du jeûneur est plus agréable auprès d’Allah que le parfum du musc, car elle procède du jeûne ; elle est donc agréée d’Allah et aimée de Lui. Cela témoigne de l’immense valeur du jeûne auprès d’Allah, au point que ce qui répugne aux gens et les rebute devient, aux yeux d’Allah, aimé et agréable, puisqu’il découle de l’obéissance qui Lui est vouée par le jeûne.
Le jeûneur connaît deux joies : celle qu’il éprouve au moment de la rupture du jeûne, et celle qu’il goûtera lors de sa rencontre avec son Seigneur. Sa joie à la rupture du jeûne tient à ce qu’Allah lui a accordé comme bienfait en lui permettant d’accomplir l’adoration du jeûne, l’une des plus nobles œuvres pieuses. Combien en sont privés et ne jeûnent pas ! Il se réjouit également de ce qu’Allah lui rend licite en termes de nourriture, de boisson et de relations conjugales, qui lui étaient interdites durant le jeûne. Quant à sa joie lors de la rencontre avec son Seigneur, il se réjouira de son jeûne en trouvant sa récompense pleine et abondante auprès d’Allah, à l’instant où il en aura le plus grand besoin, lorsqu’il sera proclamé : « Où sont ceux qui jeûnaient ? Qu’ils entrent au Paradis par la porte d’Al Rayan, que nul autre qu’eux ne franchira. »
Parmi les mérites du jeûne figure également son intercession en faveur de celui qui le pratique au Jour de la Résurrection. Ahmad a rapporté ce hadith, de même qu’Al Tabarani et Al Hakim, qui l’a jugé authentique selon les critères de Muslim, d’après ‘Abd Allah ibn ‘Amr, qu’Allah l’agrée, le Prophète ﷺ a dit : « Le jeûne et le Coran intercéderont pour le serviteur le Jour de la Résurrection. Le jeûne dira : “Seigneur, je l’ai certes privé de nourriture et de ses passions durant la journée, permets-moi d’intercéder en sa faveur”. Le Coran dira : “Seigneur, je l’ai privé de sommeil durant la nuit, permets-moi d’intercéder en sa faveur”. Il (Allah) dira : “Intercédez” »5.
Le jeûne possède une autre vertu : il existe au Paradis une porte nommée Al Rayan, réservée exclusivement aux jeûneurs. Al Bukhari et Muslim ont rapporté, d’après Sahl ibn Sa’d, qu’Allah l’agrée, que le Prophète ﷺ a dit : « Au Paradis se trouve une porte appelée Al Rayan, par laquelle entreront uniquement les jeûneurs le Jour de la Résurrection. Nul autre qu’eux n’y pénétrera. On appellera : “Où sont les jeûneurs ?”, et ils se lèveront. Personne d’autre qu’eux n’entrera par cette porte. Une fois qu’ils y seront entrés, elle sera close, et plus personne n’y pénétrera »6.
Parmi les mérites du jeûne également : lorsqu’un serviteur l’observe conformément à la législation, en veillant à la sincérité envers Allah et au suivi de la Sunnah de Son Messager ﷺ, il en récoltera des fruits abondants. Parmi ceux-ci : l’affermissement sur la vérité, l’accroissement de la foi, le renforcement de la certitude, le développement de nobles qualités morales, la maîtrise des désirs, ainsi que l’émergence de multiples œuvres du cœur telles que la crainte, l’espérance et l’amour. Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Étant donné que les bienfaits du jeûne sont clairement perceptibles pour les esprits sains et les natures droites, Allah l’a prescrit à Ses serviteurs par miséricorde envers eux, par bienveillance à leur égard, pour leur protection et leur sauvegarde »7.
Ô Allah, permets-nous d’atteindre ce que Tu aimes et agrées, guide-nous vers la piété et la droiture, enseigne-nous ce dont nous sommes ignorants, et fais-nous tirer profit de ce que Tu nous as enseigné. Place-nous parmi ceux qui connaissent les mérites du jeûne et mettent en œuvre ce qui est requis d’eux à cet égard : sincérité, perfection et accomplissement du jeûne d’une manière que Tu agrées.
Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq
Rapporté dans les deux authentiques Al Bukhari (1904), Muslim (1150), les termes sont ceux d’Al Bukhari ↩︎
Muslim (1150) ↩︎
Rapporté par Al Bayhaqi dans Al Sunan Al Kubra (4/274) ↩︎
Rapporté par l’Imam Ahmad dans le Musnad (3/396, n°15200) ↩︎
Musnad de l’Imam Ahmad (2/174, n°6626), et dans Al Mustadrak d’Al Hakim (1/740) ↩︎
L’authentique d’Al Bukhari (1896), Muslim (1152), les termes sont ceux d’Al Bukhari ↩︎
Zad Al Ma’ad d’Ibn Al Qayyim (2/28) ↩︎
