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Ô toi qui recherches le bien, accours

Réponds à l'appel de l'ange et accours vers le bien

Al Tirmidhi et Ibn Majah rapportent d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Lorsque vient la première nuit du mois de Ramadan, les démons et les rebelles parmi les djinns sont solidement enchaînés, les portes de l’Enfer sont verrouillées et aucune d’elles ne s’ouvre, les portes du Paradis sont grandes ouvertes et aucune d’elles ne se ferme, et un héraut proclame : “Ô toi qui recherches le bien, accours ! Ô toi qui recherches le mal, cesse !” Et Allah a des affranchis du Feu, et cela chaque nuit. »1 Un hadith rapporté par l’Imam Ahmad dans son Musnad mentionne explicitement que ce héraut est un ange parmi les anges d’Allah, et que cela se répète chaque nuit jusqu’à la fin du mois. Le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Et un ange y proclame : “Ô toi qui recherches le bien, réjouis-toi ! Ô toi qui recherches le mal, cesse !” jusqu’à ce que Ramadan s’achève. »2 Les gens de foi n’entendent certes pas la voix de ce héraut, mais ils sont certains de son appel3, car celui qui en a informé est le Véridique dont la véracité est attestée, que les prières d’Allah et Son salut soient sur lui, celui qui ne parle pas selon ses passions :

« Ce n’est rien d’autre qu’une révélation inspirée » [Sourate 53, v.3-4]

Imprégnons-nous donc, durant les nuits bénies de Ramadan, de cet appel béni, de cet appel grandiose. Donnons-lui vie dans notre quotidien, méditons sur nos états et notre conduite, et interrogeons-nous : auquel des deux appels appartenons-nous ? Car ce sont deux appels, et chacun vise une catégorie de gens : « Ô toi qui recherches le bien… Ô toi qui recherches le mal… » Cela indique que les cœurs des gens sont de deux sortes : un cœur qui aspire au bien, le demande, le cherche et s’y applique, et un autre cœur, qu’Allah nous en préserve, qui recherche le mal, se met en mouvement pour le chercher et s’élance à sa poursuite. Ils ne sont pas égaux : celui dont le cœur est un cœur vertueux et droit, qui demande le bien et s’y applique, n’est pas semblable à celui dont le cœur, qu’Allah nous en préserve, est un cœur mauvais et vil, qui recherche le mal et s’y applique.4

Celui dont le cœur est ce cœur noble qui s’applique au bien et le recherche, qu’il saisisse le mois des bienfaits : en se tournant vers Allah, en multipliant les actes d’obéissance, en abondant dans les adorations, en mettant à profit la saison des bienfaits par la profusion des actes surérogatoires et recommandés. Dans le hadith Qudsi, Allah, Gloire et Majesté à Lui, dit : « Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par une œuvre qui Me soit plus aimée que ce que Je lui ai prescrit. Et Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par les actes surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit, sa main par laquelle il saisit et son pied par lequel il marche. S’il Me demande, Je lui donne assurément. Et s’il cherche refuge auprès de Moi, Je le lui accorde assurément. »5 Celui qui se tourne vers les bienfaits s’acquitte d’abord des obligations : prompt à les accomplir, attentif à leur accorder un soin accru, soucieux de les parfaire et de les compléter. Puis il élargit le champ des actes surérogatoires et recommandés, par désir de gain et d’abondance.

Il ne fait aucun doute que cet appel grandiose, répété chaque nuit des nuits de Ramadan, constitue un puissant aiguillon pour les ambitions et les résolutions durant le mois des bienfaits. Il interpelle ceux qui se tournent vers les bienfaits, les galvanise et aiguise leur ardeur à rivaliser dans les bonnes œuvres. Celles-ci peuvent être liées à soi-même : la préservation des obligations, l’accomplissement de la prière, du jeûne et des autres devoirs de la meilleure façon possible, l’empressement dans les actes surérogatoires et les Sunan, l’éloignement des interdits et des actes réprouvés. Elles peuvent aussi être liées aux autres : le conseil qui leur est prodigué, la piété filiale, le maintien des liens de parenté, la bienfaisance envers les voisins et l’ensemble des gens, la dépense dans le sentier d’Allah, l’assistance aux pauvres et aux nécessiteux, le renoncement à nuire aux gens et l’aide par les biens, le corps et l’influence.

La guidée du Prophète ﷺ en la matière était la plus parfaite et la plus accomplie. Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit, exposant sa guidée ﷺ en matière d’aumône et de bienfaisance envers les gens : « Il ﷺ était le plus généreux des hommes en ce que sa main possédait. Jamais il ne trouvait excessif ce qu’il offrait pour Allah, Exalté soit-Il, ni ne le trouvait insuffisant. Quiconque lui demandait quelque chose qu’il possédait, il le lui donnait, que ce fût peu ou beaucoup. Son don était celui d’un homme qui ne craint pas la pauvreté. Le don et l’aumône étaient ce qu’il aimait le plus. Sa joie et son bonheur de donner étaient plus grands que la joie de celui qui recevait. Il était le plus prompt au bien parmi les hommes, sa main droite était comme le vent impétueux. Face à un nécessiteux, il le faisait passer avant lui-même, tantôt par sa nourriture, tantôt par son vêtement. Il variait les formes de dons et d’aumônes : tantôt par la donation, tantôt par l’aumône, tantôt par le cadeau, tantôt en achetant une chose puis en offrant au vendeur le prix et la marchandise ensemble, comme il fit avec le chameau de Jabir. Tantôt il empruntait une chose et rendait davantage, en qualité et en quantité, il achetait une chose et donnait plus que son prix, il acceptait le cadeau et le récompensait par davantage ou par plusieurs fois sa valeur, par délicatesse et pour diversifier les expressions de la bienfaisance par tout moyen possible. Son aumône et sa bienfaisance s’exprimaient par ce qu’il possédait, par son état et par sa parole : il donnait ce qu’il avait, ordonnait l’aumône, y incitait et y appelait par son exemple et sa parole. Lorsque l’avare cupide le voyait, sa seule présence le poussait à la générosité et au don. Quiconque le côtoyait, l’accompagnait et observait sa guidée ne pouvait s’empêcher de faire preuve de largesse et de libéralité. Sa guidée ﷺ appelait à la bienfaisance, à l’aumône et au bien. C’est pourquoi il ﷺ était celui qui avait la poitrine la plus épanouie, l’âme la plus pure et le cœur le plus comblé, car l’aumône et la bienfaisance ont un effet prodigieux sur l’épanouissement de la poitrine. »6

Parmi les témoignages de cela, ce que rapportent Al Bukhari et Muslim d’après Ibn ‘Abbas, qu’Allah les agrée tous deux, qui dit : « Le Prophète ﷺ était le plus généreux des hommes, et il l’était davantage encore durant Ramadan lorsqu’il rencontrait Jibril. Jibril le rencontrait chaque nuit de Ramadan pour étudier le Coran avec lui. Le Messager d’Allah ﷺ était alors plus prodigue en bienfaits que le vent impétueux. »7

Parmi les portes du bien auxquelles le Messager ﷺ a appelé : nourrir le jeûneur et équiper le combattant dans le sentier d’Allah. « Quiconque nourrit un jeûneur ou équipe un combattant obtient une récompense équivalente à la sienne. »8

Il a aussi exhorté à accomplir la ‘Umra pendant Ramadan. Al Bukhari rapporte d’après Jabir, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Une ‘Umra pendant Ramadan équivaut à un pèlerinage avec moi. »9 Ibn Majah rapporte d’après Jabir que le Prophète ﷺ a dit : « Une ‘Umra pendant Ramadan équivaut à un pèlerinage. »10

La récompense en ce mois est immense, la rétribution est considérable et les portes du bien sont vastes. Que chacun y prenne donc sa part. Allah, Exalté soit-Il, dit :

« Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. » [Sourate 2, v.148]

Qu’il voue alors son intention sincèrement à Allah, qu’il espère la récompense auprès de Lui et qu’il persévère en cela autant qu’il le peut. Qu’il veille à suivre le Prophète ﷺ et à se conformer à sa guidée en toute chose. Qu’il sollicite l’aide d’Allah seul pour accomplir les bonnes œuvres, concourir dans les actes d’obéissance et multiplier les actions vertueuses. Parmi les invocations grandioses que le Prophète ﷺ a enseignées à ses Compagnons, d’un grand profit en ce domaine, ce que rapporte Ibn Majah d’après ‘A’isha, qu’Allah l’agrée : « Le Messager d’Allah ﷺ lui enseigna cette invocation : “Ô Allah, je Te demande tout le bien, immédiat et différé, ce que j’en connais et ce que j’en ignore. Et je me réfugie auprès de Toi contre tout le mal, immédiat et différé, ce que j’en connais et ce que j’en ignore. Ô Allah, je Te demande le meilleur de ce que T’a demandé Ton serviteur et Prophète, et je me réfugie auprès de Toi contre le mal dont s’est réfugié Ton serviteur et Prophète. Ô Allah, je Te demande le Paradis et ce qui en rapproche en paroles et en actes, et je me réfugie auprès de Toi contre l’Enfer et ce qui en rapproche en paroles et en actes. Et je Te demande de faire de tout décret que Tu as décrété pour moi un bien.” »11

Qu’Allah nous accorde à tous d’accomplir les bonnes œuvres, de saisir les récompenses et d’atteindre les hauts degrés.

Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq


  1. Sunan Al Tirmidhi (682), Ibn Majah (1642). La formulation est celle d’Al Tirmidhi.

    [NDT] L’ordre des cinq éléments de ce hadith dessine un parcours complet d’assistance divine : Allah lève d’abord l’obstacle extérieur (les démons enchaînés), puis ferme la voie du mal (les portes de l’Enfer), puis ouvre la voie du bien (les portes du Paradis), puis envoie un guide qui appelle (le héraut), puis accorde la récompense sans attendre la fin du mois (les affranchis du Feu chaque nuit). Allah ne se contente pas d’ordonner l’adoration en ce mois, Il en prépare toutes les conditions. Les verbes eux-mêmes le confirment : صُفِّدَتْ, غُلِّقَتْ, فُتِّحَتْ sont tous à la forme intensive (التفعيل). Or la langue arabe obéit à un principe fondamental : lorsque la forme d’un mot s’étoffe, son sens également. Les démons ne sont pas simplement liés mais solidement enchaînés, les portes de l’Enfer ne sont pas simplement fermées mais verrouillées, celles du Paradis ne sont pas simplement ouvertes mais grandes ouvertes.

    [NDT] Le hadith est rapporté avec trois formulations : « les portes du ciel », « les portes du Paradis » et « les portes de la miséricorde ». Ces trois expressions se rejoignent : le Paradis, dont le plafond est le Trône du Tout-Miséricordieux, est au-dessus des cieux, et si ses portes s’ouvrent, celles des cieux en dessous s’ouvrent à plus forte raison. Quant à la miséricorde, c’est le Paradis lui-même, comme dans le hadith Qudsi où Allah a dit au Paradis : « Tu es Ma miséricorde, par toi Je fais miséricorde à qui Je veux parmi Mes serviteurs. » Abu Bakr Ibn Al ‘Arabi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a relevé la sagesse derrière cette ouverture et cette fermeture : « Les portes du Paradis s’ouvrent durant Ramadan pour que l’espoir grandisse, que les œuvres se multiplient, que les aspirations s’y attachent et que le jeûneur patient les contemple avec ardeur. Et les portes de l’Enfer s’y ferment pour que les démons soient humiliés, que les péchés diminuent, et que les bonnes actions se dressent face aux mauvaises, coupant ainsi la voie de l’Enfer. » La plupart des savants ont vu dans cette ouverture et cette fermeture une image de la multiplication des obéissances et de la raréfaction des péchés. Ibn Al ‘Arabi a concilié les deux lectures : « Ce sens figuré est recevable, il n’annule pas la réalité et ne la contredit pas, et les deux sens sont vrais, élégants et constatés. » [Al Masalik (4/247)]

    [NDT] L’affranchissement du Feu n’est pas propre à Ramadan. Abu Bakr Ibn Al ‘Arabi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a élargi la perspective : « Sachez qu’Allah, Pureté à Lui, a des affranchis du Feu chaque nuit et chaque jour, à chaque heure de chaque mois. Son affranchissement a des causes parmi les actes d’obéissance : Allah a des affranchis du Feu par le Tawhid, par la prière, par la Zakat et par le jeûne. Les affranchis de Ramadan le sont par la récompense du jeûne et sa bénédiction. » [Al Masalik (4/249)] Et dans le hadith authentique : « La prière est lumière, l’aumône est preuve, la patience est clarté et le Coran est argument pour toi ou contre toi. Chaque homme se met en route au matin et vend son âme : soit il la libère, soit il la détruit. » [Muslim (223)] Ce que Ramadan offre de particulier, ce n’est donc pas l’affranchissement en soi, mais sa multiplication par la bénédiction de ce mois. ↩︎

  2. Musnad de l’Imam Ahmad (18042). ↩︎

  3. [NDT] Abu Bakr Ibn Al ‘Arabi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a relevé que ce héraut n’est pas entendu par les hommes, mais qu’ils en ont été informés « pour qu’ils sachent qu’ils ne sont ni négligés ni abandonnés, car le Créateur, Pureté à Lui, est au-dessus de la négligence et de l’abandon en toute circonstance et de toute manière. » [Al Masalik (4/248)] ↩︎

  4. [NDT] Le héraut appelle par l’intention, non par l’état : « ô toi qui recherches le bien », « ô toi qui recherches le mal ». C’est la direction du cœur qui détermine à quel appel on appartient, non le degré atteint, de sorte qu’un pécheur qui réoriente son cœur vers le bien est déjà de ceux qui sont appelés à avancer. Le texte distingue deux cœurs, l’un qui aspire au bien et l’autre qui recherche le mal, mais il est essentiel de rappeler que cette direction du cœur n’est pas un acquis personnel : elle est entre les mains d’Allah. Le Prophète ﷺ a dit : « Les cœurs des fils d’Adam sont tous entre deux doigts du Tout-Miséricordieux, comme un seul cœur qu’Il oriente où Il veut », puis il invoqua : « Ô Allah, Toi qui orientes les cœurs, oriente nos cœurs vers Ton obéissance. » [Muslim (2654)] Um Salama, qu’Allah l’agrée, s’étonna de la fréquence de cette invocation ; il ﷺ répondit : « Il n’est pas un être humain dont le cœur ne soit entre deux doigts d’Allah, ce qu’Il veut, Il le maintient droit, et ce qu’Il veut, Il le fait dévier. » [Al Tirmidhi (3522), authentifié par Al Albani dans Sahih Al Jami’ (4801)] Celui dont le cœur est tourné vers le bien ne doit donc pas s’en attribuer le mérite mais en remercier Celui qui l’y a guidé, et lui demander la constance par crainte que ce don ne lui soit retiré, car Allah « s’interpose entre l’homme et son cœur » [Sourate 8, v.24]. Et celui dont le cœur est tourné vers le mal ne doit pas désespérer de sa rectification, car Celui qui détourne les cœurs est aussi Celui qui les redresse : « Ô Allah, accorde à mon âme sa piété et purifie-la, Tu es le Meilleur à la purifier, Tu es son Allié et son Maître. » [Muslim (2722)] La posture du serviteur face à ces deux états est alors une seule et même posture : celle de la dépendance envers Allah. Celui dont le cœur est sain espère en la continuité de la guidée divine et craint qu’elle ne lui soit retirée, et cette crainte le maintient dans l’humilité et l’attachement à l’invocation. Celui dont le cœur est malade espère en Celui qui tient son cœur entre Ses doigts et peut le redresser à tout instant, et cet espoir le pousse à frapper à la porte du repentir par l’invocation et les actes d’obéissance. Tous deux cheminent ainsi vers Allah entre l’espoir et la crainte, et l’invocation est le fil qui les unit : non pas un acte parmi d’autres, mais l’expression même de cette dépendance du cœur envers son Créateur. C’est ce qui donne à l’article précédent sur l’invocation toute sa profondeur : le Prophète ﷺ, lui dont le cœur était le plus droit de toute la création, multipliait pourtant cette invocation, « Ô Toi qui retournes les cœurs, affermis mon cœur sur Ta religion », enseignant par là que l’invocation pour la droiture du cœur n’est pas le recours du faible, mais la lucidité du connaisseur. ↩︎

  5. Rapporté par Al Bukhari (6502).

    [NDT] Ce hadith est connu chez les savants sous le nom de « hadith Al Wali » (حديث الولي). Cheikh Al Islam Ibn Taymiyya, qu’Allah lui fasse miséricorde, l’a qualifié de « plus noble hadith rapporté sur la description des Awliya » [Majmu’ Al Fatawa (18/129)], et des savants lui ont consacré des ouvrages entiers, parmi eux Al Suyuti dans Al Qawl Al Jali fi Hadith Al Wali et Al Shawkani dans Qitr Al Wali ‘ala Hadith Al Wali. L’article cite la partie centrale du hadith, mais celui-ci s’ouvre par « Quiconque prend pour ennemi un allié à Moi, Je lui déclare la guerre » et trace le parcours complet de la Wilaya en trois étapes. Les obligations d’abord, par lesquelles le serviteur pose le socle de sa proximité avec Allah. Les actes surérogatoires ensuite, par lesquels il ne cesse (لا يزال) de se rapprocher, et cette continuité indiquée par le verbe est elle-même un enseignement, car la Wilaya n’est pas un état que l’on atteint par un acte isolé mais par une persévérance qui devient une disposition du cœur. L’amour d’Allah enfin, fruit que le serviteur ne s’octroie pas lui-même mais qu’Allah lui accorde lorsque l’effort est devenu constant. La parole « Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue par laquelle il voit… » ne signifie pas qu’Allah s’incarne dans Son serviteur, Exalté soit-Il au-dessus de cela, mais que celui qui a atteint ce degré de proximité voit l’amour divin gouverner tous ses sens et ses membres, de sorte qu’il n’entend plus que ce qui plaît à Allah, ne regarde que ce qu’Il agrée, et n’agit que dans ce qu’Il a prescrit. [Jami’ Al ‘Ulum wal Hikam (2/347)] C’est ce qui relie ce hadith à l’appel du héraut : « Ô toi qui recherches le bien, accours ! » est une invitation à entrer dans ce parcours, et le Wali n’est rien d’autre que celui qui y a répondu par la foi qui l’anime à l’adoration et la crainte qui l’éloigne des interdits : « En vérité, les alliés d’Allah n’auront aucune crainte et ils ne seront point affligés, ceux qui ont cru et craignaient Allah. Ils auront la bonne annonce dans la vie d’ici-bas et dans l’au-delà. » [Sourate 10, v.62-64]. Cette bonne annonce (البشرى) est celle-là même que le héraut proclame chaque nuit de Ramadan dans la version de l’Imam Ahmad : « Ô toi qui recherches le bien, réjouis-toi ! » (أَبْشِرْ). Et si cet appel retentit chaque nuit de Ramadan, la réponse qu’il exige ne s’arrête pas à la fin du mois : Ramadan est l’école où le serviteur apprend à répondre, mais le parcours de la Wilaya l’accompagne tout au long de sa vie, jusqu’à mourir pleinement soumis à Allah : « Ô les croyants ! Craignez Allah comme Il doit être craint, et ne mourez qu’en pleine soumission. » [Sourate 3, v.102] ↩︎

  6. Zad Al Ma’ad d’Ibn Al Qayyim (2/21-22).

    [NDT] Ce passage d’Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, est d’une telle densité que chacune de ses phrases pourrait être le sujet d’un chapitre à part entière : l’intention derrière le don, le rapport à la richesse et l’absence de crainte de la pauvreté, la joie du donneur face à celle du receveur, la diversité des formes de la générosité, la délicatesse dans l’expression de la bienfaisance, les trois canaux du don (les biens, l’exemple et la parole), l’effet transformateur sur l’entourage, et le fruit spirituel de la générosité. L’auteur a condensé en quelques lignes ce qui mériterait un ouvrage entier. Deux observations méritent d’être relevées. La première est dans la conclusion, où l’auteur renverse la causalité que le lecteur attend : ce n’est pas parce que le Prophète ﷺ avait la poitrine la plus épanouie qu’il était le plus généreux, c’est parce que « l’aumône et la bienfaisance ont un effet prodigieux sur l’épanouissement de la poitrine » qu’il l’avait. Les deux sont certes liés, car la générosité est aussi le signe d’un bon cœur, mais ce qu’Ibn Al Qayyim met en lumière ici est la causalité que le lecteur ne soupçonne pas : la générosité elle-même produit l’épanouissement du cœur. Ibn Al Qayyim développe cette idée en comptant la bienfaisance envers les créatures parmi les causes de l’épanouissement de la poitrine : « Le généreux bienfaisant est celui qui a la poitrine la plus épanouie, l’âme la plus pure et le cœur le plus comblé, tandis que l’avare dépourvu de bienfaisance est celui qui a la poitrine la plus étriquée, la vie la plus misérable et le souci le plus pesant. » Puis il rapporte le hadith du Prophète ﷺ comparant celui qui donne l’aumône et l’avare à deux hommes portant chacun une cotte de mailles allant de la poitrine aux clavicules : chaque fois que celui qui donne veut faire l’aumône, sa cotte s’étend sur lui jusqu’à recouvrir ses doigts et effacer ses traces, et chaque fois que l’avare veut dépenser, elle se contracte sur lui et chaque anneau se fige à sa place. Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, ajouta : « Il tente de l’élargir mais elle ne s’élargit pas. » [Al Bukhari (5299), Muslim (1021)] Ibn Al Qayyim commente : « C’est la parabole de l’épanouissement de la poitrine du croyant qui donne l’aumône et de l’espace de son cœur, et la parabole de l’étroitesse de la poitrine de l’avare et de la constriction de son cœur. » [Zad Al Ma’ad (2/30)] La seconde observation est dans cette formule : « son don était celui d’un homme qui ne craint pas la pauvreté ». Ce n’est pas le don d’un riche qui donne de son surplus, mais le don de celui dont la confiance en Allah comme Pourvoyeur a libéré le cœur de toute crainte de manque, de sorte que le calcul ne s’interpose plus entre l’intention et l’acte. ↩︎

  7. Al Bukhari (6), Muslim (2308). La formulation est celle d’Al Bukhari.

    [NDT] « Le vent impétueux » (الريح المرسلة) désigne le vent de miséricorde porteur de pluie, non le vent destructeur. Ibn Hajar a relevé dans cette comparaison trois dimensions : la rapidité du don, sa constance sans interruption, et l’universalité de sa générosité atteignant toute chose. [Fath Al Bari (1/31)] Le mot المرسلة (envoyé) approfondit encore l’image : le vent est « envoyé » et le Prophète ﷺ est lui-même « l’Envoyé » (رسول), du même radical. Tous deux sont envoyés par miséricorde divine : le vent porte la pluie qui redonne vie à la terre morte, le Messager ﷺ porte la révélation qui redonne vie aux âmes. ↩︎

  8. Sunan Al Bayhaqi (7927). ↩︎

  9. Al Bukhari (1863).

    [NDT] L’équivalence en récompense ne signifie pas l’acquittement de l’obligation. Celui qui accomplit la ‘Umra durant Ramadan obtient la récompense d’un pèlerinage, mais cela ne dispense pas du Hajj obligatoire. ↩︎

  10. Sunan Ibn Majah (2995). ↩︎

  11. Sunan Ibn Majah (3846).

    [NDT] Pour celui qui souhaite apprendre cette invocation, en voici le texte arabe et la phonétique :

    اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ مِنْ الْخَيْرِ كُلِّهِ عَاجِلِهِ وَآجِلِهِ، مَا عَلِمْتُ مِنْهُ وَمَا لَمْ أَعْلَمْ، وَأَعُوذُ بِكَ مِنْ الشَّرِّ كُلِّهِ عَاجِلِهِ وَآجِلِهِ، مَا عَلِمْتُ مِنْهُ وَمَا لَمْ أَعْلَمْ، اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ مِنْ خَيْرِ مَا سَأَلَكَ عَبْدُكَ وَنَبِيُّكَ، وَأَعُوذُ بِكَ مِنْ شَرِّ مَا عَاذَ بِهِ عَبْدُكَ وَنَبِيُّكَ، اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ الْجَنَّةَ وَمَا قَرَّبَ إِلَيْهَا مِنْ قَوْلٍ أَوْ عَمَلٍ، وَأَعُوذُ بِكَ مِنْ النَّارِ وَمَا قَرَّبَ إِلَيْهَا مِنْ قَوْلٍ أَوْ عَمَلٍ، وَأَسْأَلُكَ أَنْ تَجْعَلَ كُلَّ قَضَاءٍ قَضَيْتَهُ لِي خَيْرًا

    Allahumma Inni Asaluka Min Al Khayri Kullihi, ‘Ajilihi Wa Ajilihi, Ma ‘Alimtu Minhu Wa Ma Lam A’lam. Wa A’udhu Bika Min Al Sharri Kullihi, ‘Ajilihi Wa Ajilihi, Ma ‘Alimtu Minhu Wa Ma Lam A’lam. Allahumma Inni Asaluka Min Khayri Ma Saalaka ‘Abduka Wa Nabiyyuka, Wa A’udhu Bika Min Sharri Ma ‘Adha Bihi ‘Abduka Wa Nabiyyuka. Allahumma Inni Asaluka Al Jannata Wa Ma Qarraba Ilayha Min Qawlin Aw ‘Amalin, Wa A’udhu Bika Min Al Nari Wa Ma Qarraba Ilayha Min Qawlin Aw ‘Amalin, Wa Asaluka An Taj’ala Kulla Qadain Qadaytahu Li Khayran. ↩︎

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Le Tawhid avant tout