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Ramadan, mois de l'invocation

La place de l'invocation dans l'Islam et sa particularité en Ramadan.

Il est établi dans les Sunan, d’après Al Nu’man ibn Bashir, qu’Allah l’agrée, que le Messager d’Allah ﷺ a dit : « L’invocation est l’adoration »1, puis il récita (dans le sens rapproché) :

« Et votre Seigneur a dit : “Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientôt en Enfer, humiliés.” » [Sourate 40, v.60]2

L’invocation figure parmi les actes d’adoration les plus nobles et les plus éminents. C’est un droit exclusif d’Allah, Pureté à Lui et Exalté soit-Il, qu’il n’est pas permis de vouer à un autre que Lui, quel qu’il soit. Elle occupe une place immense dans la religion et un rang élevé, car elle implique la supplication, la manifestation de la faiblesse et du besoin envers Allah, et aussi parce que l’adoration est d’autant plus excellente et parfaite que le cœur y est présent et recueilli. Or, l’invocation est l’acte d’adoration le plus à même de réaliser cet objectif. L’invocation est également indissociable de la confiance en Allah et de la demande d’aide à Allah. La confiance en Allah est l’attachement du cœur et de s’en remettre entièrement à Lui pour l’obtention de ce qui est aimé et le repoussement de ce qui est détesté. Les textes sur le mérite de l’invocation et la grandeur de son importance sont innombrables.

Le mois du jeûne, le mois béni de Ramadan, possède une particularité en matière d’invocation. Le jeûneur fait partie de ceux dont l’invocation n’est pas rejetée lorsqu’il est sincère dans son jeûne, appliqué dans son adoration et véridique envers Allah. Dans le hadith : « Trois invocations sont exaucées : l’invocation du jeûneur, l’invocation de l’opprimé et l’invocation du voyageur. »3 Et il ﷺ a dit : « Trois invocations ne sont pas rejetées : l’invocation du parent pour son enfant, l’invocation du jeûneur et l’invocation du voyageur. »4

Ce qui révèle la place de l’invocation et l’élévation de son rang dans le mois du jeûne, c’est que la parole d’Allah, Exalté soit-Il, dans la sourate Al Baqarah : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, Je suis proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque. Qu’ils répondent à Mon appel et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. » [Sourate 2, v.186] est venue s’intercaler parmi les versets du jeûne. Avant ce verset se trouve Sa parole, Exalté soit-Il : « Le mois de Ramadan au cours duquel le Coran a été descendu… », et après lui Sa parole, Exalté soit-Il : « On vous a permis, la nuit du jeûne, le rapport avec vos femmes… » Ce noble verset, consacré à l’invocation, est ainsi venu au cœur des versets du jeûne, encadré par eux. Peut-être y a-t-il là une indication de l’immense valeur de l’invocation et de son importance en ce mois. En effet, le serviteur en ce mois béni est empli de l’espoir qu’Allah lui accorde de s’acquitter de Son droit de la meilleure façon possible, et il n’a d’autre voie pour cela que de demander à Allah et de L’invoquer. Il multiplie aussi en ce mois les actes d’obéissance, les adorations et les œuvres de rapprochement, et il aspire ardemment à ce qu’Allah les agrée de lui. Pour cela non plus, il n’a d’autre voie que de L’invoquer, de s’humilier devant Lui et de Le supplier. Il peut encore avoir commis certains péchés avant Ramadan, ou avoir connu des manquements, des défaillances ou des négligences pendant Ramadan, et il aspire au repentir d’Allah envers lui et au pardon de ses péchés, ce qui n’est possible, là encore, que par l’invocation. C’est comme si Allah orientait Ses serviteurs vers le refuge auquel recourir et vers lequel fuir5, et par lequel leurs souhaits sont comblés, leurs besoins satisfaits, leurs faux pas pardonnés et leurs écarts effacés.

Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Le fondement de tout bien est que tu saches que ce qu’Allah a voulu s’est produit et que ce qu’Il n’a pas voulu ne s’est pas produit. Tu acquiers alors la certitude que les bonnes actions proviennent de Ses bienfaits, alors tu L’en remercies et tu Le supplies de ne pas t’en priver. Tu acquiers aussi la certitude que les mauvaises actions proviennent de Son abandon et de Son châtiment, alors tu L’implores de s’interposer entre elles et toi et de ne pas te livrer à ton propre sort pour accomplir les bonnes actions et délaisser les mauvaises. Les connaisseurs sont unanimes que tout bien a pour origine l’assistance divine accordée au serviteur, et que tout mal a pour origine Son abandon du serviteur. Ils sont unanimes que l’assistance divine consiste en ce qu’Allah ne t’abandonne pas à toi-même, et que l’abandon consiste en ce qu’Il te laisse seul face à ton âme. Si tout bien a pour origine l’assistance divine et qu’elle est dans la main d’Allah et non dans celle du serviteur, alors sa clé est l’invocation, l’indigence, la sincérité du recours, du désir et de la crainte envers Lui. Lorsqu’Il octroie au serviteur cette clé, c’est qu’Il a voulu lui ouvrir. Et lorsqu’Il l’en prive, la porte du bien demeure close devant lui… Quiconque a été atteint ne l’a été que par la négligence de la gratitude et le délaissement de l’indigence et de l’invocation. Et nul n’a triomphé, par la volonté d’Allah et Son aide, que par la réalisation de la gratitude et la sincérité de l’indigence et de l’invocation. »6

L’invocation occupe une place considérable dans l’Islam, son rang y est éminent et sa position haute. Elle est la plus noble des adorations, la plus grande des obéissances et la plus profitable des œuvres de rapprochement. C’est pourquoi les textes sont venus nombreux dans le Livre d’Allah, Exalté soit-Il, et la Sunna de Son Messager ﷺ, exposant son mérite, soulignant sa place et la grandeur de son importance, y incitant et y exhortant. Les indications de ces textes sur le mérite de l’invocation sont variées : certains ordonnent de l’accomplir et y exhortent, d’autres mettent en garde contre son délaissement et l’orgueil à son égard, d’autres mentionnent l’immensité de sa récompense et la grandeur de sa rétribution auprès d’Allah, d’autres encore louent les croyants pour leur accomplissement et font leur éloge pour leur perfection, parmi d’autres types d’indications dans le noble Coran sur l’immense mérite de l’invocation.

Bien plus, Allah, Pureté à Lui, a ouvert Son noble Livre par l’invocation et l’a clôturé par elle. La sourate « Al Hamd » (Al Fatiha), ouverture du noble Coran, contient l’invocation d’Allah pour les plus nobles demandes et les plus parfaits objectifs : demander à Allah, Exalté soit-Il, la guidance vers le chemin droit, l’aide pour Son adoration et l’accomplissement de Son obéissance, Pureté à Lui. La sourate « Al Nas », clôture du noble Coran, contient l’invocation d’Allah, Pureté à Lui, par la demande de protection auprès de Lui contre le mal du tentateur furtif qui souffle dans les poitrines des gens, qu’il soit djinn ou humain. Il ne fait aucun doute que l’ouverture du noble Coran par l’invocation et sa clôture par elle attestent la grandeur de la place de l’invocation et qu’elle est l’âme des adorations et leur quintessence7.

Bien plus, Allah, Gloire et Majesté à Lui, a nommé l’invocation « adoration » dans le Coran dans plus d’un verset, ce qui témoigne de la grandeur de sa place. Comme Sa parole, Pureté à Lui :

« Et votre Seigneur a dit : “Invoquez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientôt en Enfer, humiliés.” » [Sourate 40, v.60]

Et comme Sa parole rapportant les propos de Son prophète Ibrahim, paix sur lui :

« Et je m’éloigne de vous et de ce que vous invoquez en dehors d’Allah, et j’invoquerai mon Seigneur. Puissé-je ne pas être déçu en invoquant mon Seigneur. Puis, lorsqu’il se fut éloigné d’eux et de ce qu’ils adoraient en dehors d’Allah, Nous lui fîmes don d’Ishaq et de Ya’qub, et de chacun Nous fîmes un prophète. » [Sourate 19, v.48-49]

Et d’autres versets similaires. Et Il a nommé, Pureté à Lui, l’invocation « religion », comme dans Sa parole :

« Invoquez-Le donc en Lui vouant exclusivement la religion. » [Sourate 40, v.65]

Et d’autres versets similaires.

Tout cela nous montre la grandeur de la place de l’invocation, qu’elle est le fondement de la servitude et son âme, l’emblème de l’humilité, de la soumission et de l’abaissement devant le Seigneur, et la manifestation de l’indigence envers Lui. C’est pourquoi Allah a exhorté Ses serviteurs à l’accomplir et les y a incités dans de nombreux versets du noble Coran. Allah, Exalté soit-Il, dit :

« Invoquez votre Seigneur avec supplication et en secret. Il n’aime pas les transgresseurs8. Et ne semez pas la corruption sur terre après qu’elle a été réformée. Invoquez-Le avec crainte et espoir. La miséricorde d’Allah est proche des bienfaisants. » [Sourate 7, v.55-56]

Et Il dit, Exalté soit-Il :

« C’est Lui le Vivant. Point de divinité en droit d’être adoré à part Lui. Invoquez-Le donc en Lui vouant exclusivement la religion. Louange à Allah, Seigneur des mondes. » [Sourate 40, v.65]

Il a informé, Pureté à Lui, incitant Ses serviteurs à l’invocation, qu’Il est proche d’eux, qu’Il répond à leur invocation, réalise leur espoir et leur accorde ce qu’ils demandent. Allah, Exalté soit-Il, dit :

« Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, Je suis proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque. Qu’ils répondent à Mon appel et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. » [Sourate 2, v.186]9

Et Il dit, Exalté soit-Il :

« N’est-ce pas Lui qui répond à l’angoissé quand il L’invoque, qui dissipe le mal et qui vous fait héritiers de la terre ? » [Sourate 27, v.62]

C’est pourquoi, plus le serviteur grandit dans sa connaissance d’Allah et plus son lien avec Lui se renforce, plus son invocation envers Lui est grande et son humilité devant Lui intense. Voilà pourquoi les prophètes d’Allah et Ses messagers étaient les plus accomplis dans la pratique de l’invocation et les plus assidus à l’accomplir dans tous leurs états et toutes leurs situations. Allah les en a loués dans le noble Coran et a mentionné nombre de leurs invocations dans des circonstances multiples et des occasions variées. Allah, Exalté soit-Il, dit en les décrivant :

« Ils s’empressaient dans les bonnes œuvres, Nous invoquaient par désir et par crainte, et ils étaient humbles devant Nous. » [Sourate 21, v.90]10

Il incombe donc au croyant de prendre soin de cette adoration et de saisir les instants précieux de ce noble mois en se tournant vers Allah par l’invocation, la demande et l’insistance, mû par le désir et la crainte, tout en observant les conditions et les convenances de l’invocation11, espérant être parmi ceux qui remportent la récompense d’Allah et sont sauvés du Feu. Car Allah a des affranchis du Feu, et cela chaque nuit des nuits de Ramadan12.

Ô Allah, accepte notre jeûne, notre prière nocturne et notre invocation. Accorde-nous l’affranchissement du Feu, ô Vivant, ô Subsistant par Lui-même.

Écrit par : Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr
Traduit par : Azwaw Abu ‘Abd Al Razzaq


  1. [NDT] Le hadith emploie un procédé de restriction grammaticale (Hasr), par le pronom de séparation « هو » et l’article défini, qui désigne l’invocation comme « l’adoration » et non simplement « une adoration ». Al Tibi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a commenté ce hadith en montrant le lien entre le sens linguistique de l’adoration et l’invocation : « La servitude (‘Ubudiyya) est la manifestation de l’abaissement, et l’adoration (‘Ibada) en est plus intense encore, car elle est le degré ultime de l’abaissement, et seul Celui qui accorde la grâce suprême la mérite. Je dis : on peut comprendre l’adoration ici dans son sens linguistique, c’est-à-dire que l’invocation n’est autre que la manifestation de l’extrême abaissement, de l’indigence et de la soumission. Les adorations n’ont été légiférées que pour la soumission au Créateur et la manifestation de l’indigence envers Lui. Et cette interprétation est appuyée par la suite du verset récité [par le Prophète ﷺ] : “Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer”, où Il a qualifié le refus de l’indigence et de l’abaissement d’orgueil, a placé “Mon adoration” là où l’on attendrait “Mon invocation”, et a fait du châtiment de cet orgueil l’humiliation et l’avilissement. » [Sharh Al Mishkat, Al Tibi (5/708)] En effet, toute adoration se ramène à l’une de ces deux catégories : l’invocation de demande (Du’a Al Mas’ala), qui est la requête adressée à Allah pour obtenir un bien ou repousser un mal. Et l’invocation d’adoration (Du’a Al ‘Ibada), car tout acte d’adoration contient implicitement une demande, comme nous l’avons vu par exemple dans le hadith : « Celui qui jeûne le Ramadan avec foi et espérance de la récompense, ses péchés antérieurs lui seront pardonnés. ». L’invocation englobe ainsi l’ensemble de l’adoration. De plus, elle rassemble à elle seule des formes de servitude qu’aucun autre acte ne réunit au même degré : celle du cœur par l’espoir et la crainte, celle de la langue par la louange et la supplication, celle du corps par l’humilité et la soumission. Elle contient également les trois catégories du Tawhid : le Tawhid de la seigneurie (Rububiyya), car l’invocateur reconnaît qu’Allah seul détient le pouvoir de répondre à son besoin et de gérer ses affaires. Le Tawhid de l’adoration (‘Ibadah), car il Lui consacre exclusivement cet acte d’adoration sans se tourner vers un autre. Et le Tawhid des noms et attributs (Asma’ wal Sifat), car il L’invoque par Ses noms, reconnaissant qu’Il est l’Audient, le Proche, le Généreux et le Tout-Puissant. Dans un autre hadith, faible dans sa chaîne mais juste dans son sens, le Prophète ﷺ a dit : « L’invocation est la moelle de l’adoration. » Ibn Al Athir, qu’Allah lui fasse miséricorde, a dit : « La moelle d’une chose est sa substance la plus pure. Et l’invocation n’est la moelle de l’adoration que pour deux raisons : la première, qu’elle est l’exécution de l’ordre d’Allah, Exalté soit-Il, lorsqu’Il dit : “Invoquez-Moi, Je vous répondrai”, elle est donc l’adoration pure et sans mélange. La seconde, que lorsque le serviteur voit que l’aboutissement de toute chose vient d’Allah, il coupe son espoir de tout autre et L’invoque Lui seul pour ses besoins, et c’est là le fondement de l’adoration. Et parce que le but de l’adoration est la récompense, et c’est précisément ce qui est recherché par l’invocation. » [Al Nihaya fi Gharib Al Hadith wal Athar, Ibn Al Athir (4/305)] ↩︎

  2. Sunan Abi Dawud (1479), Sunan Al Tirmidhi (3247), il dit : hadith bon et authentique (Hasan Sahih), Sunan Ibn Majah (3828). ↩︎

  3. Rapporté par Al Tabarani dans Al Du’a (1215) et Al Bayhaqi dans Shu’ab Al Iman (7513). ↩︎

  4. Rapporté par Al Bayhaqi dans Al Sunan Al Kubra (3/345, 6185). ↩︎

  5. [NDT] L’expression du cheikh fait écho au verset : « Fuyez vers Allah » [Sourate 51, v.50]. Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a expliqué dans sa Risala Al Tabukiyya (p. 16-17) que cette fuite est la hijra véritable du cœur, qui comporte un « de » et un « vers » : « Il émigre par son cœur de l’amour d’un autre qu’Allah vers Son amour, de la servitude d’un autre vers Sa servitude, de la crainte d’un autre, de l’espoir en un autre et de la confiance en un autre vers la crainte d’Allah, l’espoir en Lui et la confiance en Lui, et de l’invocation d’un autre et de la demande à un autre vers l’invocation de son Seigneur et la demande à Lui. Et c’est là le sens même de la fuite vers Lui. Le Tawhid requis du serviteur, c’est de fuir d’Allah vers Allah. Et sous les mots “de” et “vers” se cache un immense secret parmi les secrets du Tawhid : fuir vers Lui implique de Le consacrer exclusivement dans la demande et la servitude, c’est le Tawhid de l’adoration (Uluhiyya). Et fuir de Lui vers Lui implique le Tawhid de la seigneurie (Rububiyya) et l’affirmation du décret : car tout ce qui existe dans l’univers de détestable et de redouté, dont le serviteur fuit, n’existe que par la volonté d’Allah seul. Lorsque le serviteur fuit vers Allah, il ne fuit en réalité que d’une chose vers une chose qui existe par la volonté d’Allah et Son décret, il fuit donc en réalité d’Allah vers Allah. » [Al Risala Al Tabukiyya (p. 16-17)] L’invocation est au cœur de cette fuite : le serviteur fuit ce qui lui advient par le décret d’Allah vers l’invocation d’Allah pour le repousser, comme dans le hadith : « Rien ne repousse le décret si ce n’est l’invocation. » [Sunan Ibn Majah (4022), Al Hakim (1814), qualifié de bon (Hasan) par Al Albani] L’invocation réunit les deux dimensions de cette fuite. Quand le serviteur invoque Allah pour obtenir un bien ou repousser un mal, il reconnaît par cela même que le bien et le mal relèvent tous deux du décret d’Allah seul, et que nul autre que Lui ne peut les accorder ni les écarter, c’est le Tawhid de la seigneurie (Rububiyya), le « de » de la fuite. Et lorsqu’il adresse cette demande à Allah seul, sans se tourner vers aucune créature, il Lui consacre exclusivement l’adoration, c’est le Tawhid de l’adoration (Uluhiyya), le « vers » de la fuite. Que le lecteur médite à la lumière de cela sur la parole d’Ibn Al Qayyim qui suit, tirée d’Al Fawa’id, où ces deux dimensions transparaissent avec éclat. ↩︎

  6. Al Fawa’id d’Ibn Al Qayyim (p. 127-128). ↩︎

  7. [NDT] La Fatiha contient les deux types d’invocation : sa première moitié est invocation d’adoration (Du’a Al ‘Ibada), et sa seconde moitié est invocation de demande (Du’a Al Mas’ala). Allah l’a même nommée « prière » (Salat) dans le hadith Qudsi : « J’ai partagé la prière entre Moi et Mon serviteur en deux moitiés », car elle est invocation, comme en témoigne sa fin où le prieur dit Amin, et elle est le plus grand pilier de la prière, comme le Prophète ﷺ a nommé le Hajj « ‘Arafa » du nom de son plus grand pilier. Elle renferme en outre la plus grande demande : la guidée vers le chemin droit. Quant à la clôture par les Mu’awwidhatayn, elle répond à plusieurs sagesses : le Coran est la plus grande grâce qu’Allah ait accordée à Ses serviteurs, or toute grâce est exposée à l’envie, il convenait donc de le sceller par ce qui en protège. De plus, le Prophète ﷺ a dit au sujet de la Fatiha : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, rien de semblable n’a été révélé ni dans la Torah, ni dans l’Évangile, ni dans les Psaumes, ni dans le Furqan. Elle est les sept versets répétés et le Coran immense qui m’a été donné. » [Al Tirmidhi (2875), Al Nasa’i dans Al Sunan Al Kubra (11205)] Et il a dit au sujet des Mu’awwidhatayn : « Des versets m’ont été révélés dont on n’a jamais vu les pareils : les Mu’awwidhatayn. » [Muslim (814)] Le Coran réunit ainsi l’excellence à son ouverture et à sa clôture. Enfin, puisque le lecteur ouvre sa récitation par la demande de refuge, le Coran se clôture par elle également, de sorte que la protection divine enveloppe la récitation du début à la fin. Voir Mu’tarak Al Aqran fi I’jaz Al Quran, Al Suyuti (1/60). ↩︎

  8. [NDT] La transgression (I’tida) dans l’invocation touche à plusieurs dimensions. Elle peut porter sur l’objet même de l’adoration : invoquer un autre qu’Allah est la plus grave des transgressions, car c’est placer l’adoration là où elle ne mérite pas d’être placée. Elle peut porter sur le contenu de la demande : solliciter l’aide pour commettre un interdit, ou réclamer ce qu’Allah ne fait pas, comme l’immortalité ou la suppression des nécessités humaines. Elle peut porter sur la forme de l’adoration : adorer Allah avec ce qu’Il n’a pas légiféré, Le louer avec ce qu’Il ne S’est pas attribué Lui-même, ou élever la voix et vociférer. Elle peut enfin porter sur l’état intérieur : invoquer sans humilité, tel celui qui se croit dispensé d’Allah et fait valoir ses droits auprès de Lui. Toutes ces formes reviennent à un même principe : le verset ordonne la supplication (Tadarru’) et le recueillement secret (Khufya), puis avertit que quiconque s’en écarte est un transgresseur qu’Allah n’aime pas. Voir Majmu’ Al Fatawa (15/22-26). ↩︎

  9. [NDT] Les demandes adressées au Prophète ﷺ dans le Coran sont nombreuses : « Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes », « Ils t’interrogent sur le butin », « Ils t’interrogent sur les menstrues »… À chaque fois, Allah transmet la réponse par l’intermédiaire de Son Messager ﷺ en disant « Dis » (قل), car il est l’intermédiaire entre Allah et Ses créatures dans la transmission du message. Mais lorsque la question porte sur l’invocation, Allah a répondu directement, sans « Dis » : « Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi, Je suis proche. Je réponds à l’appel de celui qui M’invoque quand il M’invoque. Qu’ils répondent à Mon appel et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés. » [Sourate 2, v.186] Car il n’y a aucun intermédiaire entre les serviteurs et Celui qu’ils adorent, pas même un ange rapproché ni un messager envoyé. Et la suppression même de « Dis » est en soi une manifestation de cette proximité qu’Allah affirme. ↩︎

  10. [NDT] Le désir (Raghba) et la crainte (Rahba) renvoient à deux des trois piliers du cœur dans l’adoration : l’espoir et la crainte, le troisième, et le plus grand, étant l’amour (Mahabbah). Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, a illustré cela par l’image de l’oiseau : « Le cœur dans sa marche vers Allah est à l’image de l’oiseau : l’amour est sa tête, la crainte et l’espoir sont ses deux ailes. Tant que la tête et les ailes sont saines, l’oiseau vole bien. Si la tête est coupée, l’oiseau meurt. S’il perd ses ailes, il est à la merci de tout chasseur et de tout rapace. » [Madarij Al Salikin (2/188)] L’espoir incite le serviteur à l’adoration et la crainte l’éloigne des péchés. Comme l’oiseau ne vole droit que si ses deux ailes sont égales, le cœur ne tient le droit chemin que par leur équilibre. Quant au Khushu’ (خشوع) mentionné en fin de verset, Mujahid, Al Hasan Al Basri et Sufyan Al Thawri, qu’Allah leur fasse miséricorde, l’ont défini comme « la crainte permanente dans le cœur ». Or le cœur est le siège de la science, c’est la connaissance d’Allah qui engendre cette crainte permanente qui ne le quitte pas. Al Sa’di, qu’Allah lui fasse miséricorde, l’a confirmé en disant : « C’est-à-dire soumis, humiliés, implorants, et cela en raison de la perfection de leur connaissance de leur Seigneur. » [Taysir Al Karim Al Rahman (p.129)] ↩︎

  11. [NDT] Al Qurtubi, qu’Allah lui fasse miséricorde, a précisé que l’exaucement de l’invocation requiert des conditions dans trois domaines : dans l’invocateur, dans l’invocation elle-même et dans la chose demandée. L’invocateur doit savoir que nul autre qu’Allah ne peut répondre à son besoin et que toutes les causes sont dans Sa main et soumises à Son commandement, il doit invoquer avec une intention sincère et un cœur présent, se préserver de la nourriture illicite, et ne pas se lasser en disant « j’ai invoqué et on ne m’a pas répondu ». L’invocation ne doit contenir ni péché ni rupture des liens de parenté. Et la chose demandée doit être licite. [Tafsir Al Qurtubi (2/311)] Quant aux convenances (Adab), Ibn Al Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, les a réunies dans Al Jawab Al Kafi (p.83-84) : faire face à la Qibla, être en état de pureté, lever les mains vers Allah, commencer par la louange d’Allah et la prière sur le Prophète ﷺ, faire précéder sa demande par la repentance et la demande de pardon, insister auprès d’Allah avec désir et crainte, se rapprocher de Lui par Ses noms et Ses attributs, et faire précéder son invocation d’une aumône. Voir Fiqh Al Ad’iya wal Adhkar, Cheikh ‘Abd Al Razzaq Al Badr (p.449). L’auteur a détaillé ces points dans son commentaire audio : « L’invocation a des convenances, des causes et des conditions qui favorisent son exaucement, et des obstacles qui empêchent son exaucement. Parmi les grands hadiths qui réunissent les convenances, les conditions et les obstacles de l’invocation, ce qui est établi dans Sahih Muslim d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée. Le Messager d’Allah ﷺ a dit : “Certes, Allah est bon et n’accepte que ce qui est bon. Et certes, Allah a ordonné aux croyants ce qu’Il a ordonné aux messagers. Il a dit : ‘Ô messagers, mangez de ce qui est bon et accomplissez de bonnes œuvres. Certes, Je sais parfaitement ce que vous faites.’ Et Il a dit : ‘Ô vous qui avez cru, mangez des bonnes choses que Nous vous avons attribuées.’ Puis il mentionna l’homme qui prolonge son voyage, échevelé et poussiéreux, tendant ses mains vers le ciel : ‘Ô Seigneur ! Ô Seigneur !’ alors que sa nourriture est illicite, son vêtement est illicite, sa boisson est illicite et il s’est nourri de l’illicite. Comment pourrait-il être exaucé ?” Le Prophète ﷺ a mentionné dans ce hadith quatre grandes causes d’exaucement de l’invocation. La première : la prolongation du voyage. Le voyage en lui-même favorise l’exaucement, comme dans le hadith d’Abu Hurayra, le Prophète ﷺ a dit : “Trois invocations sont exaucées sans aucun doute : l’invocation de l’opprimé, celle du voyageur et celle du parent pour son enfant.” Rapporté par Abu Dawud, Ibn Majah et Al Tirmidhi avec une chaîne bonne. La deuxième : être humble, soumis et démuni. Cela aussi fait partie des causes d’exaucement, comme dans le hadith célèbre du Prophète ﷺ : “Combien d’échevelés et de poussiéreux, repoussés des portes, qui, s’ils juraient par Allah, Il les exaucerait.” [Muslim (2622)] La troisième : tendre les mains vers le ciel, une convenance de l’invocation par laquelle on espère l’exaucement. La quatrième : insister auprès d’Allah en répétant la mention de Sa seigneurie. C’est l’un des plus grands moyens de rechercher l’exaucement de l’invocation. Et il y a d’autres convenances, comme ouvrir l’invocation par la louange d’Allah et la prière sur Son Prophète ﷺ, invoquer avec des formules concises et exhaustives (Jawami’ al du’a) et les invocations légiférées du Prophète ﷺ, faire son invocation en secret, éviter la transgression et les invocations innovées. Le hadith mentionne aussi un obstacle à l’exaucement : la consommation de l’illicite. Et il y a d’autres obstacles indiqués par des textes établis, comme considérer l’exaucement trop lent et se montrer impatient dans la demande de réponse, ou invoquer pour la rupture des liens de parenté, ou l’invocation des personnes en conflit, et d’autres obstacles que le temps ne permet pas de détailler. » ↩︎

  12. Rapporté par Al Tirmidhi (682) et Ibn Majah (1642) d’après Abu Hurayra, qu’Allah l’agrée, qualifié de bon (Hasan) par Al Albani [Sahih Ibn Khuzayma (1883)]. Et dans un autre hadith rapporté par Ibn Majah d’après Jabir, qu’Allah l’agrée, et par Ahmad, Al Tabarani et Al Bayhaqi d’après Abu Umama, qu’Allah l’agrée : « Allah a certes, à chaque rupture du jeûne, des affranchis du Feu, et cela chaque nuit. » Qualifié de bon (Hasan) par Al Albani [Sahih Al Jami’ (2170)]. ↩︎

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